Cancer du côlon, l'analyse ADN des polypes révèle des risques héréditaires cachés

Cancer du côlon, l’analyse ADN des polypes révèle des risques héréditaires cachés

Les analyses génétiques sanguines sont insuffisantes pour détecter le risque héréditaire. La recherche propose l’analyse de l’ADN des polypes pour identifier précisément les cas suspects et préparer une prévention ciblée auprès des proches

L’analyse de l’ADN à partir d’un échantillon de sang n’est pas toujours suffisante pour identifier les prédispositions génétiques héréditaires à l’origine du développement du cancer colorectal. Ceci est réitéré par une étude publiée dans la revue Gastroenterology, qui soutient la nécessité d’analyser directement l’ADN des polypes, afin de mettre en place une prise en charge clinique personnalisée et un suivi plus adéquat – même des parents directs.

Le cancer colorectal peut aussi être héréditaire

Le cancer colorectal représente l’un des défis de santé les plus importants dans le monde occidental. Dans la plupart des cas, le carcinome se développe à partir de ce qu’on appelle des polypes, de petites excroissances de la muqueuse intestinale, qui sont principalement divisées en deux catégories ayant un aspect morphologique différent : les polypes adénomateux et les polypes dentés. Entre 5 et 15 % des cas, la tumeur a une origine héréditaire monogénique (c’est-à-dire due à la mutation d’un seul gène), comme dans la polypose adénomateuse familiale (Fap) ou le syndrome de Lynch. La suspicion d’une prédisposition génétique est généralement déclenchée lorsque la maladie apparaît à un jeune âge ou lorsqu’un individu développe un grand nombre de polypes (plus de 10 ou 20 selon l’âge).

La limite des tests actuels est le « lacune » diagnostique.

Malgré les progrès médicaux, un problème important existe aujourd’hui : les tests génétiques traditionnels, effectués sur des échantillons de sang périphérique, ne peuvent identifier une cause héréditaire que chez environ un quart des patients avec une forte suspicion clinique – des personnes présentant des dizaines de polypes ou des antécédents familiaux. Pour les 75 % de patients restants, nous ne sommes pas encore en mesure de fournir une explication génétique claire. Il s’agit d’une limitation qui empêche de définir précisément le risque pour le patient et sa famille, laissant de nombreuses personnes dans un état d’incertitude et obligeant les proches à procéder à des dépistages préventifs potentiellement inutiles ou au contraire insuffisants.

Enquête sur l’ADN des polypes

Il semble cependant qu’il existe une solution à cette lacune diagnostique. De nouvelles recherches internationales, menées par le centre médical universitaire Radboud et l’hôpital universitaire de Bonn, affirment que la réponse réside dans l’ADN des polypes eux-mêmes. En analysant 333 polypes provenant de 180 patients, les chercheurs ont découvert qu’une partie importante contenait des mutations typiques des formes héréditaires invisibles aux analyses sanguines normales. Dans les polypes adénomateux, en particulier, la mutation du gène Apc a été retrouvée. La raison pour laquelle l’anomalie génétique n’est pas détectée par des tests génétiques sur des échantillons de sang périphérique est un phénomène appelé mosaïcisme. Cela se produit lorsqu’une mutation génétique n’est pas présente dans toutes les cellules du corps, mais apparaît au cours du développement embryonnaire uniquement dans certains tissus – en l’occurrence l’intestin. Dans l’étude, environ 20 % des individus atteints de polypose adénomateuse « inexpliquée » présentaient ce type de mutation.

Vers une nouvelle pratique clinique

Les résultats de cette recherche suggèrent la nécessité d’un changement dans la pratique clinique en Europe : l’analyse moléculaire des polypes devrait devenir une procédure standard pour tous les patients atteints de polypose multiple dont les tests génétiques du sang périphérique sont négatifs. Identifier la cause précise de la formation des polypes – qu’il s’agisse du mosaïcisme Apc, d’une mutation sporadique du gène Braf (commune dans les polypes dentelés) ou de l’effet de toxines bactériennes – permettrait en effet une prise en charge personnalisée du cas clinique. Et pas seulement : la surveillance des membres de la famille serait également réduite en fonction du risque spécifique. Si, par exemple, le mosaïcisme Apc était confirmé, les frères et sœurs du patient ne seraient pas considérés comme présentant un risque héréditaire et pourraient être limités au dépistage de routine. Il en serait autrement pour les enfants, dont le risque pourrait être cartographié avec précision, permettant ainsi d’évaluer la nécessité ou non d’une surveillance plus étroite.