Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 10:20

Elles sont 400 000 en France à n’avoir pas fait le choix de la reconstruction après une mammectomie.

Entretien avec Sylvie, l’une de ces «amazones» qui vit aujourd’hui avec "un seul sein et une belle cicatrice".


1. J'AI SU ASSEZ TÔT QUE JE VOULAIS RESTER ASYMÉTRIQUE

Lorsque le chirurgien de l’Institut Curie a diagnostiqué mon cancer, j’ai été assommée.

J’avais 47 ans, un mode de vie très sain, je pensais donc être épargnée. Très vite, j’ai décidé pourtant de ne pas baisser les bras, de parler sans tabou de ce cancer, d’oser dire le mot !

Je suis une battante.»

C’est en avril 2009 que Sylvie, jolie secrétaire juridique de 48 ans, apprend la présence de deux tumeurs cancéreuses dans son sein droit.

Au sein gauche, le chirurgien lui détecte aussi des cellules «a priori bénignes, mais à enlever».

Elle doit rapidement subir une mastectomie du sein droit, ainsi qu’une tumorectomie du sein gauche.

«J’ai su assez tôt que je voulais rester asymétrique comme les amazones (du nom de ces guerrières de la mythologie grecque qui se coupaient un sein pour mieux tirer à l’arc).»

 

2. LA RECONSTRUCTION ? JE N’Y AI JAMAIS VRAIMENT PENSÉ

Sylvie décide de prendre une semaine de congés avant son opération, programmée le 30 avril 2009.

«Je voulais préparer au mieux mon hospitalisation, à la fois physiquement et psychologiquement.

Je suis retournée voir mon thérapeute, car j’avais besoin de verbaliser ce qui allait m’arriver, d’exprimer mes doutes, mes angoisses.

Je n’arrêtais pas de m’interroger sur mon devenir physique après l’intervention. Allais-je me trouver encore jolie ?

Pourrais-je toujours mettre certaines robes décolletées ?

Et pourrais-je surtout continuer à pratiquer la danse de salon avec mon mari ? J’étais très focalisée sur ce dernier point !», raconte-t-elle, amusée.


La reconstruction ? Bien sûr, le chirurgien lui en a parlé, «car cela fait partie du parcours de soins».

Pour autant, «ce n’était pas dans l’ordre de mes préoccupations.

Et je crois aujourd’hui, avec le recul, que je n’y ai en fait jamais vraiment pensé, ni avant l’opération, ni après.

C’est comme si, inconsciemment, le choix de devenir amazone s’était imposé de lui-même dans mon esprit ! »

 

Elle concède qu’elle a été «déstabilisée» quand son entourage «a commencé à prononcer le mot».

«Mais j’ai vite rectifié le tir et expliqué mon choix. 

Je ne voulais pas de souffrances supplémentaires.

Et je me doutais bien que la reconstruction, qui nécessite plusieurs opérations, n’allait pas être une partie de plaisir !»


 

3. J’AI PLUTÔT BIEN VÉCU CETTE NOUVELLE APPARENCE

« Étant aussi adepte des médecines douces, ajoute-t-elle, je ne voulais pas d’un corps étranger – une prothèse – dans mon propre corps.

Et, quoi que l’on fasse, un sein perdu est irremplaçable.

Tout le monde a été à l’écoute et a respecté ma décision.»

Sa transformation, Sylvie ne la découvre réellement que le lendemain de l’opération : «Je n’ai pas regardé ma cicatrice tout de suite, je l’ai découverte dans le miroir, avec ma mère, lorsque celle-ci est venue me faire ma toilette.

Malgré ce que j’avais pu croire, j’ai plutôt bien vécu la perte de mon sein et cette nouvelle apparence.

Et ma cicatrice, j’en ai pris soin.»

Chez le kinésithérapeute d’abord, puis chez elle, en la massant, presque affectueusement.

«C’est vrai qu’au début, on n’ose pas la toucher, car c’est une zone sensible. 

Et ça fait une sensation bizarre de parcourir de la paume ce qui n’existe plus», reconnaît Sylvie.

Progressivement, elle tente de s’habituer à ce nouveau buste et d’apprivoiser son reflet asymétrique.

Elle veut rester féminine et coquette. «C’était un défi pour moi ! Au début, mes angoisses relevaient de l’ordre vestimentaire : je voulais continuer à prendre soin de moi et paraître jolie.

C’était un rempart contre la maladie.

Pourtant, quelques mois après l’opération, j’ai eu un gros coup de déprime, tel un retour de balancier.»

Car, malgré ses espoirs, «rien n’est plus pareil.

On se tient courbée pour cacher le sein manquant, on n’ose plus porter des vêtements proches du corps…»


 

4. JE VOULAIS RESTER EN ACCORD AVEC MOI-MÊME

«Je me suis alors demandé si j’avais fait le bon choix.

Mais je voulais rester en accord avec moi-même : j’ai donc relevé la tête et décidé de ne pas me laisser perturber par mes propres peurs.»

Sylvie porte une prothèse externe, parfois difficile à masquer.

Elle décide alors de faire de son asymétrie un atout.

C’est l’achat d’une superbe robe avec une seule bretelle qui lui redonne confiance en elle.

«Cet épisode a joué un rôle de détonateur.

Je me suis rendu compte que je m’étais créé seule des barrières parce que je connaissais la vérité sur mon asymétrie.

Et cela m’empêchait de vivre pleinement mes envies.

Alors que cette robe, même avec une prothèse à la place du sein, n’en était pas moins très seyante !»

L’étape suivante vers la libération intérieure, Sylvie la franchit en faisant peindre, de façon éphémère, un oiseau en couleurs sur sa cicatrice.

 

Tatouage-Amazone.jpg


Et surtout, en décidant d’exposer, en juin 2010, cette photo sur le site de l’association «Les Amazones s’exposent».

«Avec ce dessin qui faisait oublier mon sein manquant, ainsi que ma cicatrice, je ne m’en trouvais pas moins jolie et… en accord avec moi-même !», s’exclame-t-elle.

 

5. CHAQUE FEMME A LE DROIT DE CHOISIR SON DEVENIR PHYSIQUE

Cette photo a ému nombre d’internautes, amazones ou non.

Sylvie en est très heureuse : «J’ai reçu beaucoup de messages, mon dessin a touché d’autres femmes.

Si cela peut participer à lever le tabou sur la représentation qu’a la société de la réalité asymétrique, mon pari est gagné.

Chaque femme, même malade, a le droit de choisir son devenir physique : rester asymétrique ou se faire reconstruire, peu importe.

L’essentiel est que l’on nous donne le choix

 

Mis à jour le Vendredi 24 Juin 2011 sur le Clic SITE 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Association-Essentielles - dans RECONSTRUCTION OU NON
commenter cet article

commentaires

AGENDA DES CHEFS

OLIVIER CHAPUT

PARRAIN DU RUBAN DE L'ESPOIR 2014

Agenda-des-chefs-2015.jpg

Pour le commander cliquez sur l'image

Rechercher

RUBAN DE L'ESPOIR 2014

Archives

A LIRE

 

ClicRECONSTRUIRE SA VIE

        9782876715523-reconstruire-apres-cancer g        

 

PAGES FACEBOOK

logo-collectif-k.jpg

 

crbst RUBAN 20ESPOIR 20LOGO pour forum

SITES

 

logo collectif k

 

crbst RUBAN 20ESPOIR 20LOGO pour forum