Effet du Covid sur les infections : il anticipe la grippe et les virus respiratoires

Effet du Covid sur les infections : il anticipe la grippe et les virus respiratoires

L’histoire immunitaire de la population joue un rôle déterminant dans le moment où surviennent les épidémies saisonnières. Et avec le Covid notre immunité collective a diminué à cause des restrictions

Les mesures introduites pendant la pandémie de Covid-19 ont profondément modifié le calendrier saisonnier de la grippe et d’autres infections respiratoires, anticipant les pics épidémiques et influençant également la tendance saisonnière des décès cardiovasculaires. C’est ce qui ressort d’une étude menée par Michael Sieber Et Arne Traulsen de l’Institut Max Planck de biologie évolutive, publié dans la revue PLOS Global Public Health. En analysant quatorze années de données épidémiologiques allemandes, les chercheurs ont identifié le mécanisme qui explique ces changements et suggèrent que l’histoire immunitaire de la population joue un rôle déterminant dans le moment où surviennent les épidémies saisonnières.

Pré-Covid : pics de grippe et de VRS entre février et mars

Normalement, les virus respiratoires tels que la grippe et le virus respiratoire syncytial (VRS) atteignent leur propagation maximale entre février et mars, lorsque les conditions saisonnières favorisent la transmission. La mortalité générale, et en particulier celle due aux maladies cardiovasculaires, suit également depuis un certain temps une tendance similaire. Cependant, il n’était pas clair quels facteurs déterminaient précisément le moment où ces pics se produisaient.

Après des pics de Covid attendus en décembre

La pandémie de Covid-19 représente une expérience naturelle sans précédent. Les mesures de confinement, notamment la distanciation physique, l’utilisation de masques et la réduction des contacts sociaux, ont en effet également limité la propagation d’autres virus respiratoires, annulant l’un des pics saisonniers habituels. En analysant les données collectées en Allemagne au cours des quatorze dernières années, les auteurs ont observé qu’avant la pandémie, les infections respiratoires atteignaient presque toujours leur maximum entre février et mars. Cependant, après l’introduction des mesures anti-Covid, le retour des épidémies s’est produit beaucoup plus tôt, dès décembre, voire au cours des semaines précédentes. Ces dernières années, le calendrier saisonnier revient progressivement à la situation observée avant la pandémie.

Les restrictions pendant la pandémie ont réduit l’immunité collective de la population

Grâce à des modèles épidémiologiques consolidés, les chercheurs expliquent ce phénomène par l’accumulation d’individus sensibles. L’absence de saison épidémique pendant les restrictions a en effet réduit l’immunité collective de la population, augmentant le nombre de personnes vulnérables au début de la saison suivante. En présence d’un plus grand nombre de sujets sensibles, le virus est donc capable de se propager plus rapidement, anticipant le pic épidémique. L’étude montre également que la mortalité globale et, en particulier, celle due aux maladies cardiovasculaires a également suivi une évolution similaire.

Les infections respiratoires comme facteur de risque d’événements cardiovasculaires

Selon les auteurs, ce résultat renforce l’hypothèse selon laquelle les infections respiratoires représentent un facteur de risque important d’événements cardiovasculaires et peuvent contribuer à déterminer leur répartition saisonnière. « Les rapports faisant état du début précoce de la saison grippale pendant la pandémie nous ont incités à analyser plus attentivement les données épidémiologiques disponibles », expliquent les auteurs. « Nous avons été surpris à la fois par l’ampleur du décalage temporel des infections respiratoires et par le fait que la dynamique saisonnière de la mortalité globale, dominée par les maladies cardiovasculaires, a suivi la même tendance. Cela renforce la preuve que les infections respiratoires constituent un facteur de risque cardiovasculaire important. »

Pourquoi cette étude est importante

Selon les chercheurs, les résultats soulignent l’importance de surveiller l’historique des infections dans la population et d’améliorer la couverture vaccinale. Comprendre comment varie dans le temps le nombre de personnes sensibles aux principaux virus respiratoires pourrait en effet permettre de prédire plus précisément quand surviendront de futures épidémies saisonnières et de mieux planifier les interventions de prévention.