« Divorce du sommeil » : dormir séparément est bon pour le repos (et pour le couple)
Plus le temps de relaxation est profond, plus il est régénérant. La tendance s’accentue et les experts en médecine du sommeil sont d’accord avec elle. Mais ce qui en paie le prix, c’est la complicité
Divorce? Oui, mais seulement la nuit : pour de nombreux couples, dormir dans des chambres différentes n’est plus un tabou. Et ainsi les matelas se répartissent, la chambre d’amis se libère (si vous avez la chance de l’avoir), en quête de repos et de sérénité. C’est le phénomène du « divorce du sommeil », le choix conscient et partagé des deux partenaires de séparer leurs lits pour obtenir un repos plus régénérateur. Selon l’American Academy of Sleep Medicine (AASM), plus d’un tiers des Américains ont essayé de dormir séparément. En Italie, un couple sur cinq considère cette solution, une tendance croissante surtout dans les grandes villes, malgré des héritages culturels et des habitudes historiquement différents de ceux des États-Unis.
Une façon de mieux dormir ou un symptôme d’une crise relationnelle ?
Mais le divorce du sommeil est-il vraiment la recette ultime pour mieux dormir ou risque-t-il d’être un signal d’alarme pour le couple ? « Le lit partagé est l’emblème de l’union entre deux personnes, mais il peut devenir source de tensions et de ressentiments », explique le médecin. Seema Khosladirecteur médical du North Dakota Center for Sleep et porte-parole de la prestigieuse American Academy of Sleep Medicine (Aasm). « Pensons au moment où l’un des deux ronfle, souffre d’insomnie, travaille de nuit ou a simplement un rythme veille-sommeil différent de l’autre : de nombreuses études montrent comment la qualité du repos peut être affectée, avec des effets négatifs sur l’humeur, la concentration et même la santé physique des deux. »
Ceux qui dorment mal discutent davantage
Une analyse de l’Université du Michigan estime que le co-sommeil peut réduire jusqu’à 50 % la durée du sommeil profond, la phase de récupération physique maximale. Se séparer, en revanche, permet un repos plus continu : une revue d’études estime à 37 minutes de sommeil de plus par nuit en moyenne parmi ceux qui connaissent le « divorce du sommeil ». « Bien dormir, c’est comme recharger son cerveau et son corps », poursuit Khosla. « Ceux qui dorment mal se disputent davantage, réagissent moins bien au stress et tombent plus facilement malades. » Le sommeil, nous le savons, est une ressource biologique essentielle. Selon la World Sleep Society, le manque chronique augmente considérablement le risque de maladies cardiovasculaires, d’obésité et de diabète de type 2. Mais un meilleur repos peut coûter cher.
Les couples plus satisfaits de leur relation
Une étude du Journal of Sleep Research a révélé que les couples qui dorment séparément ont un taux de satisfaction relationnelle inférieur à ceux qui dorment dans le même lit. Une autre analyse menée à Taiwan sur 860 couples âgés a mis en évidence un moindre sentiment de proximité psychologique chez les « divorcés du sommeil ». « Partager un lit ne garantit pas le bonheur – écrivent les chercheurs – mais dormir séparément nécessite des efforts supplémentaires pour maintenir la connexion. » Pourquoi? « Moins de contacts physiques – répond Khosla – moins de rituels partagés, moins de moments d’intimité ».
Alors, que faire ? « Le « divorce du sommeil » est sans aucun doute utile et peut améliorer l’expérience du sommeil – commente l’expert – mais il est tout aussi important de préserver les moments communs du soir, une conversation, un livre, un film, un câlin, pour maintenir le lien émotionnel fort ». Dormir séparément n’est donc pas un échec émotionnel, mais peut devenir un choix d’équilibre, parfois nécessaire : « Une manière de redécouvrir la valeur du repos comme allié de la relation », conclut le chercheur.
