Prendre soin de son cœur peut prolonger la survie après un cancer
Un travail qui vient d’être publié dans le European Heart Journal souligne que si les principaux facteurs de santé cardiovasculaire s’améliorent, la survie s’améliore également. survivants du cancer
Après une tumeur, le vrai jeu se joue souvent sur un autre terrain : le cœur. La bonne nouvelle est que la « recette » pour protéger les artères et le métabolisme semble prolonger la vie même chez ceux qui ont déjà souffert d’une maladie oncologique.
L’étude du European Heart Journal
Un travail qui vient de paraître dans le European Heart Journal met sous l’objectif une idée simple, presque désarmante : si les principaux facteurs de la santé cardiovasculaire s’améliorent, la survie des patients s’améliore également. survivants du cancerc’est-à-dire chez les personnes qui ont eu un cancer et qui sont en vie après le diagnostic et le traitement. Ce n’est pas un détail, car la population de survivants augmente et chez eux, les maladies cardiovasculaires deviennent au fil du temps l’une des principales menaces, également en raison de l’effet des thérapies qui peuvent laisser une « queue » sur les vaisseaux et le cœur.
La santé cardiovasculaire en sept (ou plutôt huit) points
Les chercheurs ont utilisé les données de Moli-sani, une vaste cohorte de population du Molise (plus de 24 000 adultes inscrits entre 2005 et 2010) suivie au fil des ans. Au sein de cette cohorte, 779 survivants du cancer ont été identifiés et suivis pendant une durée médiane de 14,6 ans. Pour mesurer l’état de santé cardiovasculaire, le score de l’American Heart Association appelé La vie est simple 7 (LS7) : tabagisme, 2) activité physique, 3) régime alimentaire, 4) indice de masse corporelle, 5) tension artérielle, 6) cholestérol, 7) glycémie. Chaque item vaut 0, 1 ou 2 points, pour un total de 0 à 14, et le profil est alors classé comme médiocre (0-6), intermédiaire (7-9) ou idéal (10-14).
Note utile pour s’orienter : aujourd’hui, l’AHA a mis à jour ce schéma dans Life’s Essential 8, en ajoutant le sommeil et en affinant certaines métriques, mais la logique reste identique, quelques piliers mesurables qui guident les choix et les contrôles cliniques.
Des avantages même pour ceux qui n’ont aucun antécédent de cancer
Les données les plus solides sont immédiates. Parmi les survivants, ceux appartenant à la catégorie de santé cardiovasculaire idéale présentaient un risque de décès toutes causes confondues 38 % inférieur à ceux appartenant à la catégorie mauvaise (HR 0,62). Une association très similaire a également été observée chez les participants sans antécédents de cancer, signe que la boussole fonctionne de manière cohérente dans la population générale. Plus intéressant encore, car il parle de prévention « transversale » : chaque point supplémentaire dans le score LS7 était associé à une réduction de la mortalité par cancer (HR 0,90). En pratique, améliorer une ou deux tuiles n’est pas inutile, le bénéfice semble croître progressivement.
Trois signaux
L’étude ne se contente pas de dire « un meilleur style de vie, on vit plus longtemps ». Il tente également d’expliquer quelles voies biologiques pourraient se situer entre les deux, c’est-à-dire fonctionner comme un pont entre les bonnes habitudes et le risque de décès. Trois signaux ressortent : l’inflammation, la fréquence cardiaque (également un indicateur du tonus autonome et de la forme physique) et la vitamine D. Ensemble, ils expliquent plus de la moitié de l’association entre le LS7 et la mortalité. Attention cependant à l’interprétation : « médiation » ne signifie pas que la prise de vitamine D suffit pour obtenir le même effet, cela signifie qu’un meilleur profil de santé tend également à avoir moins d’inflammation, de meilleurs paramètres cardiométaboliques et souvent des niveaux de vitamine D plus adéquats, et que ce package pourrait contribuer à l’avantage observé.
Il s’agit d’une étude observationnelle, elle ne démontre donc pas de relation de cause à effet, et il reste possible que ceux qui ont des scores plus élevés soient également mieux suivis, plus attentifs ou en meilleure santé pour des raisons non mesurées. Mais le message opérationnel est fort : après le cancer, la prévention cardiovasculaire n’est pas un chapitre à part, elle fait partie du pronostic.
Des objectifs concrets
Et surtout c’est une prévention « simple » car composée d’objectifs concrets : ne pas fumer, bouger beaucoup, contrôler son poids et sa tension artérielle, contrôler sa glycémie et son cholestérol, choisir systématiquement un régime méditerranéen. L’héroïsme n’est pas nécessaire, la continuité est nécessaire et l’oncologie et la médecine fondamentale doivent parler le même langage que la cardiologie.
Messages à emporter
- Chez les survivants du cancer, un profil LS7 « idéal » est associé à une mortalité globale significativement plus faible.
- Améliorer ne serait-ce que quelques points sur les 7 facteurs compte, et le régime méditerranéen semble renforcer encore cet avantage.
- L’inflammation, le rythme cardiaque et la vitamine D sont de possibles « ponts » biologiques, mais la cible reste le mode de vie dans son ensemble.
RÉF :
https://academic.oup.com/eurheartj/advance-article/doi/10.1093/eurheartj/ehaf838/8375735
Aureliano Stingi, docteur en biologie moléculaire, travaille dans le domaine de l’oncologie de précision et de longévité
Instagram: Aurélien _Stingi X: @AurelianoStingi
