Cancer du sein : une femme sur trois est déprimée, une sur dix perd son emploi

Cancer du sein : une femme sur trois est déprimée, une sur dix perd son emploi

C’est ainsi que la maladie a un impact durable sur la qualité de vie, les relations, la sexualité, la maternité et les projets personnels.

Se remettre d’un cancer du sein ne signifie pas toujours retourner à son ancienne vie. Pour de nombreuses femmes, après le diagnostic et le traitement, des blessures moins visibles mais profondes subsistent : anxiété, peur de la récidive, difficultés au travail, changements dans la vie conjugale, sexualité, maternité et projets personnels. Les résultats du 2e rapport Andos-CREA Sanità « Effets secondaires du cancer du sein : qualité de vie » racontent l’histoire. L’enquête a porté sur 1 590 femmes, dont 1 051 ont complété le questionnaire dans son intégralité, dans le but de mesurer l’impact du cancer du sein sur la vie quotidienne, au-delà de la dimension strictement clinique.

Anxiété, dépression et peur de l’avenir

Une femme sur trois atteinte d’un cancer du sein présente des symptômes dépressifs cliniquement pertinents. L’anxiété est la dimension psychologique la plus répandue : plus de 30 % présentent des niveaux modérés ou sévères et près de la moitié signalent des symptômes légers. Parmi les craintes les plus fortes figurent celle de ne pas guérir ou de subir une récidive, celle liée aux effets secondaires des traitements et à l’inquiétude pour l’avenir des membres de la famille.

Le soutien psycho-oncologique fait partie intégrante du traitement

Plus de 65 à 75 % des femmes attribuent un impact important à ces aspects. La fatigue, les troubles du sommeil, les difficultés de concentration, le sentiment d’isolement et la perte d’estime de soi restent des problèmes répandus et persistants dans le temps. « Ces dernières années, les progrès de la recherche et des thérapies ont considérablement amélioré la survie au cancer du sein, mais aujourd’hui nous savons que sauver des vies ne suffit pas : il faut la rendre », dit-elle. Flori Degrassiprésident national d’Andos. « Ce rapport confirme à quel point la maladie continue d’impacter la vie quotidienne, les relations, le travail, la planification personnelle et la sérénité psychologique des femmes, même plusieurs années après le diagnostic. L’accompagnement psycho-oncologique et social ne peut plus être considéré comme un élément accessoire, mais doit devenir partie intégrante du parcours thérapeutique, au même titre que l’écoute des besoins concrets des femmes ».

Vie de couple et sexualité après le diagnostic

La maladie entre aussi dans les relations. 52 % des femmes signalent un stress relationnel accru et 67 % signalent des problèmes importants dans l’intimité sexuelle, qui peuvent persister même après la fin des traitements. Ces données montrent comment le cancer du sein affecte non seulement le corps, mais modifie les équilibres émotionnels, familiaux et identitaires, souvent pour une longue durée. « L’enquête montre clairement que la qualité de vie des femmes atteintes d’un cancer du sein est influencée non seulement par la pathologie, mais aussi par les conséquences psychologiques, relationnelles, familiales et sociales de l’expérience oncologique », explique-t-il. Barbara Polistenadirecteur scientifique de CREA Sanità. « Les données démontrent que la détresse émotionnelle ne s’arrête pas dans la phase initiale de la maladie, mais peut se poursuivre dans le temps, impactant la vie quotidienne, les relations émotionnelles, la parentalité, le travail et la capacité à planifier l’avenir. L’enquête met en évidence un impact multidimensionnel persistant qui nécessite une approche de prise en charge véritablement intégrée et multidisciplinaire, capable de considérer la personne dans son ensemble et de l’accompagner même au-delà de la phase la plus aiguë du traitement ».

L’impact sur les projets de travail et de vie

Le cancer du sein pèse aussi sur la dimension professionnelle. Environ 10 % des femmes arrêtent complètement de travailler ou de suivre une formation, plus de 20 % réduisent leurs heures travaillées et environ 6 % changent de rôle ou d’emploi. Les difficultés sont plus fréquentes chez les salariées, qu’elles soient en CDD ou en CDI, et chez les patients sous chimiothérapie. Même l’hormonothérapie, avec le temps, peut entraîner des problèmes importants dans la vie professionnelle. Plus de 45% des femmes déclarent avoir dû modifier de manière assez significative leurs projets de vie et 22% parlent de changements très ou très importants. Parmi les moins de 40 ans, 58,1 % déclarent avoir renoncé à avoir des enfants.

Survivre doit signifier vivre mieux

« Ces résultats montrent comment le cancer du sein produit des effets qui dépassent largement la dimension clinique, générant des conséquences organisationnelles, sociales et économiques qui impactent les parcours de vie », souligne Federico Spandonaroprésident du Comité Scientifique de CREA Sanità. « Pour le système de santé, cela signifie investir dans des modèles de soins plus structurés, dans la continuité des soins, dans le soutien psychologique et dans les outils d’accompagnement social et professionnel, afin que la survie se traduise également par une meilleure qualité de vie et moins d’inégalités dans l’accès aux traitements et aux opportunités de réinsertion ».

La valeur des besoins décrits par les patients

Des données qui mettent en avant le rôle de plus en plus central des Patient-Reported Outcomes (PRO), c’est-à-dire les inconforts rapportés directement par les patients, sans le filtre de l’oncologue. « La recherche en oncologie nous a appris à mesurer de plus en plus l’efficacité des traitements, mais aujourd’hui nous devons franchir une étape supplémentaire et comprendre comment les femmes vivent réellement la maladie », dit-elle. Massimo Di Maiole président Aiom. « Les résultats rapportés par les patients nous aident à évaluer des aspects fondamentaux tels que la qualité de vie, le bien-être psychologique, les symptômes, les relations et l’impact sur la vie quotidienne, rendant les soins de plus en plus personnalisés et véritablement centrés sur la personne. Ce rapport montre clairement que le cancer du sein continue d’avoir un impact significatif sur la composante physique, émotionnelle et relationnelle de la vie des femmes. Il s’agit d’une tumeur importante qui touche plus de 53 000 personnes chaque année.

La demande : intégrer le psycho-oncologue dans le processus de traitement

Le rapport ANDOS-CREA Sanità indique une direction claire : le traitement du cancer du sein ne peut pas s’arrêter au traitement oncologique. Elle doit inclure un soutien psychologique, social, familial et professionnel, car la qualité de vie fait partie intégrante du processus de guérison. C’est pourquoi Andos demande que le psycho-oncologue devienne une présence stable et reconnue dans les parcours de traitement, aux côtés des oncologues et autres professionnels impliqués dans la prise en charge des femmes atteintes d’un cancer du sein.