Peluches et robots à intelligence artificielle : pourquoi ils constituent un risque pour les enfants
Ils semblent s’en soucier en établissant une relation et, à la place, ils enseignent. La technologie peut être très utile mais certaines tâches sont humaines
Il y a des objets qui rentrent sur la pointe des pieds dans les maisons. Ils ne font pas de bruit, ils ne demandent pas la permission. Ils se présentent comme une aide, une compagnie, parfois même comme un soulagement pour les parents fatigués. Ils sont doux, parlent d’une voix douce, répondent aux questions, racontent des histoires. Ils semblent s’en soucier. Et au lieu de cela, lentement, ils enseignent.
Jouets en peluche, poupées et robots avec IA
Depuis quelques mois, peluches, poupées et petits robots dotés d’intelligence artificielle débarquent dans les chambres d’enfants. Des jeux qui dialoguent, qui personnalisent les réponses, qui semblent s’adapter à l’enfant. Ce ne sont plus des objets à animer avec l’imagination : ce sont des objets qui animent la relation. Et c’est précisément ici que s’ouvre la première fissure. Un petit enfant n’a pas besoin que quelqu’un lui réponde.
Il a besoin que quelqu’un l’entende. Lorsqu’un enfant dit « Je suis triste », il ne cherche pas de solution. Il s’agit de rechercher un lieu émotionnel où cette tristesse peut exister sans être corrigée, distraite ou diminuée. Il recherche un adulte qui sache rester, même dans l’inconfort, même dans l’incertitude.
Mais ces nouveaux jouets font autre chose. Ils répondent sans entendre. Ils interagissent sans comprendre. Ils parlent, mais ils n’écoutent pas vraiment.
Et puis la question cesse d’être technologique et devient pédagogique. Parce que les enfants apprennent par immersion. Ils absorbent les méthodes, les styles, les moments des relations. Si le modèle relationnel que nous proposons est celui d’un interlocuteur qui change de sujet face à une émotion, qui remplit chaque pause de mots automatiques, qui ne sait pas se taire, alors nous enseignons, sans s’en rendre compte, qu’il faut éviter les émotions difficiles.
Qui ne mérite pas d’attention, qui ne mérite pas de présence. Le risque invisible n’est pas que les enfants parlent à une machine. C’est qu’ils apprennent à ne plus espérer être véritablement écoutés.
La recherche scientifique sur ces outils est encore limitée, mais elle fait déjà état de problèmes critiques importants : difficultés à reconnaître correctement les émotions des enfants, réponses incohérentes, incapacité à maintenir le sens de la conversation. Mais même sans données, quiconque travaille avec des enfants sait que la relation n’est pas une séquence de mots corrects. C’est une expérience incarnée.
C’est le ton de la voix, c’est attendre, c’est regarder. C’est la capacité de tolérer ce qui ne peut pas être réparé immédiatement. Et cela ne peut pas être simulé. Il ne s’agit pas ici de diaboliser la technologie. Ce serait une lecture superficielle. La technologie peut être un outil extraordinaire, même pour les enfants, si elle est insérée dans un cadre éducatif conscient. Le problème se pose lorsque l’on commence à déléguer.
Quand on laisse un objet faire ce qui requiert la présence humaine. Quand, peut-être sans nous en rendre compte, nous commençons à remplacer le temps partagé par une réponse immédiate. Quand on confond interaction et relation.
Parce qu’un enfant n’a pas besoin d’être diverti mais il a besoin d’être rencontré. Et rencontrer un enfant demande des efforts. Cela prend du temps. Cela nécessite aussi une volonté de ne pas être parfait, de ne pas toujours avoir la bonne réponse. Mais c’est précisément dans cette imperfection que se construit quelque chose qu’aucune intelligence artificielle ne pourra jamais reproduire : le lien.
Peut-être que la vraie question n’est pas de savoir dans quelle mesure ces jouets sont intelligents. Mais à quel point nous risquons d’être distraits. Car chaque fois qu’un enfant cherche quelqu’un qui le comprend, il ne demande pas de contenu. Il demande une présence et si cette présence n’est pas là, il trouvera quelque chose qui l’imite.
Mais grandir en imitant des relations qu’ils ne ressentent pas vraiment est un risque silencieux et profond, qui ne laisse aucun signe immédiat, mais construit au fil du temps une idée fragile de ce que signifie être vu, entendu, accueilli.
Un animal en peluche peut parler, un algorithme peut répondre mais un enfant, pour grandir, a besoin de quelqu’un pour rester. Et c’est encore aujourd’hui une tâche humaine.
Psychologue Psychothérapeute Président de l’Association Nationale des Addictions Technologiques, GAP et Cyberintimidation « Di.Te »
