Parents en crise, c’est pourquoi il faut accepter le conflit avec les adolescents
Une époque de transformations et de conquêtes vers l’autonomie, qui conduit souvent à des incompréhensions et des difficultés relationnelles. Mais le conflit est une condition nécessaire du développement. Il faut juste savoir comment s’y prendre
BORMIO – Des huis clos, des discussions, de longues négociations sur le temps à passer au téléphone portable ou pour les premières sorties en solo. Parlons des adolescents. Les enfants grandissent et les parents perdent du terrain. Une époque de transformations et de conquêtes vers l’autonomie qui amène souvent des conflits. Cela met à rude épreuve les parents qui se transforment parfois en policiers. Souvent pour faire face à l’anxiété, étant donné que l’actualité regorge de faits qui font craindre le pire aux adultes lorsque les enfants sortent ou surfent sur Internet. Cela a été discuté lors du XVIIe Congrès de Psychiatrie de Bormio, consacré précisément aux conflits. Mais est-il juste de limiter l’autonomie des enfants par peur ? « Dans la pratique clinique quotidienne, nous, spécialistes, rencontrons souvent des enfants qui vivent des crises profondes, qui se manifestent par des conflits houleux avec les parents et les enseignants. L’actualité nous met face à des faits qui nous consternent. C’est pour cette raison – explique-t-il Elisa Fazziprésident du Sinpia et professeur de neuropsychiatrie infantile à l’Université de Brescia – nous devons sortir du gel et de la paralysie émotionnelle que nous provoquent ces événements. Nous devons réfléchir sur le sens du conflit et les raisons de son existence. »
Professeur Fazzi, comment pouvons-nous éliminer ce conflit ?
« Cette demande révèle une représentation répandue mais trompeuse : l’idée selon laquelle la tension est un dysfonctionnement du développement, quelque chose qu’il faut rapidement éteindre pour rétablir un équilibre perdu. Pourtant, les preuves scientifiques suggèrent une perspective différente : le chemin de la croissance n’est pas linéaire, ni exempt de frictions et le conflit constitue une composante structurelle. Un changement de paradigme est nécessaire : le conflit n’est pas une erreur à corriger, mais une condition nécessaire du développement. y vivre ».
Les crises évolutionnistes sont donc moments de réorganisation. Quels sont les plus significatifs ?
« Dans la petite enfance, le conflit concerne la séparation des figures parentales et de la régulation émotionnelle ainsi que celle des rythmes comme le sommeil et l’alimentation, dans la tension entre le besoin de protection et la volonté d’explorer. À l’âge scolaire, il se déplace vers la compétence et la comparaison sociale, tandis qu’à l’adolescence, il devient le point d’appui même du développement : le corps change, l’autorité est remise en question, l’identité se construit. Ces phases sont traversées par des polarités fondamentales – dépendance et autonomie, appartenance et identification, désir et limite – qui ne doivent pas être éliminées mais intégrées.
Pourquoi l’adolescence est-elle la période des plus grands conflits ?
« L’adolescence représente une phase d’extraordinaire plasticité cérébrale, caractérisée par un déséquilibre temporaire entre les systèmes émotionnels et les systèmes de contrôle et est le laboratoire biologique des conflits. Les aires limbiques, responsables des émotions et de la recherche de récompense, mûrissent tôt, tandis que le cortex préfrontal, responsable de la régulation des impulsions et des fonctions exécutives, n’achève son développement que vers l’âge de 20 ans. Ce « fossé » rend le comportement de l’adolescent plus impulsif et conflictuel : ce n’est pas un déficit, mais le signe d’un cerveau en transformation ».
Que se passe-t-il si les adultes ne laissent pas de place aux conflits ?
« La frontière entre normalité et pathologie ne réside pas dans la présence du conflit, mais dans sa possibilité d’être élaboré. Lorsqu’il manque un contexte capable de contenir et de donner un sens à l’expérience émotionnelle, le conflit se transforme en symptôme. Les formes les plus répandues – comportements d’automutilation, retrait social, troubles de l’alimentation, agression et troubles du comportement perturbateurs – peuvent être lues comme des tentatives extrêmes de gérer une tension interne qui ne trouve pas de mots. Dans ces cas, le problème n’est pas l’excès du conflit, mais son impossibilité d’être pensé. »
Que faire pour transformer le conflit en ressource ?
« Etre parent, c’est transformer le conflit en dialogue. Les familles doivent tolérer la fatigue du conflit sans recourir immédiatement à la médicalisation. L’école peut devenir un espace privilégié de médiation tandis que les services de neuropsychiatrie doivent non seulement traiter le symptôme, mais construire des significations, en travaillant sur l’individu et sur les contextes qui doivent contenir la crise. processus de transformation. Vivre avec le conflit, c’est le reconnaître, le soutenir et le rendre pensable. Et accepter que grandir, c’est traverser des moments de désordre pour construire de nouveaux équilibres.
Quels conseils pratiques donneriez-vous à un parent ?
« Transformer les règles en accords négociés. Lorsque les enfants participent à la définition des règles, ils sont plus enclins à les respecter. Il faut éviter les phrases comme : ‘Tu le fais de cette façon parce que je le dis’. Une écoute active et empathique est également nécessaire. Écouter, c’est aussi prêter attention aux émotions sous-jacentes. Lorsque l’enfant comprend que vous comprenez ses sentiments, un climat de confiance se crée. Un langage émotionnel « doux » est nécessaire. Les émotions « dures » comme la colère ou le sarcasme activent plutôt la défense dans le adolescent. Il est plus efficace d’exprimer ses préoccupations à la première personne, en déplaçant la discussion au niveau de la réciprocité émotionnelle. Il n’y a pas besoin de punitions mais de conséquences logiques aux actes. Si l’utilisation du téléphone portable empêche d’étudier, la conséquence est d’étudier sans téléphone. Les conséquences doivent être communiquées calmement et sans transcender.
