"Nous ne pouvons pas guérir les gens sur une planète malade", appel de Stefano Mancuso aux oncologues

« Nous ne pouvons pas guérir les gens sur une planète malade », appel de Stefano Mancuso aux oncologues

Au XXVIIe Congrès National de l’Association Italienne d’Oncologie Médicale le discours du neurobiologiste Stefano Mancuso

« Imaginez recevoir chaque jour un bulletin médical vous informant de l’état de santé de votre patient le plus important : notre planète. Ses paramètres vitaux sont en crise, mais nous l’ignorons. Nous vivons comme si la Terre était indestructible, comme si nous pouvions continuer à l’exploiter sans conséquences. Mais la réalité, aujourd’hui, est là, aux yeux de tous : la planète a de la fièvre, respire avec difficulté et le diagnostic est de plus en plus grave. Et il ne s’agit pas seulement d’écologie, mais de santé humaine, la nôtre. » Ainsi commence la lecture de Stefano Mancusodirecteur du Laboratoire international de neurobiologie végétale avec des bureaux à Florence, Kitakyushu, Bonn et Paris, lors de la cérémonie inaugurale du XXVIIe Congrès national de l’Association italienne d’oncologie médicale qui se déroule à Rome jusqu’à demain. Une salle remplie de plus de 3 mille spécialistes et autorités mais aussi de la plus haute fonction de l’État, le Président de la République Sergio Mattarella qui a voulu assister à cet événement important de l’oncologie italienne.

Le fragile équilibre de la vie

97 % de la vie sur Terre existe dans une très fine couche de seulement 5 kilomètres. « C’est un film impalpable, délicat comme la poussière d’un meuble, mais il contient tout ce que nous connaissons : les plantes, les animaux, les êtres humains. Nous poussons cet équilibre au-delà du point de rupture », prévient Mancuso. L’humanité, en effet, a déjà dépassé 7 des 9 limites planétaires qui garantissaient la stabilité de la Terre, une sorte de « check-up global » qui nous dit aujourd’hui : attention, nous sortons de la zone de sécurité.

Une planète malade nous rend malades aussi

En 2023, deuxième Nature16 500 personnes sont mortes en Italie à cause des vagues de chaleur rien qu’en juillet. Deuxième La Lancetteen Europe, il y a eu plus de 100 000 victimes entre juillet et août. Ce ne sont plus des « événements extrêmes » : c’est la nouvelle normalité. « 2025 s’apprête à dépasser 2024 comme l’année la plus chaude de tous les temps. Les seuils de l’Accord de Paris ont été dépassés. Il ne s’agit pas de futurs scénarios apocalyptiques, mais de données concrètes sur notre santé d’aujourd’hui », poursuit le chercheur.

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Un monde plus pauvre en vie est un monde plus pauvre en santé

Le nombre d’animaux sauvages a diminué de moitié depuis 1970. Les amphibiens ont chuté de 91 %. 97 % des mammifères présents sur Terre aujourd’hui sont constitués d’humains et d’animaux de ferme. « Ces chiffres sont effrayants, mais ils nous semblent lointains. Mais la toile de la vie est unique : si elle se brise, nous sommes également impliqués. Nous ne pouvons pas survivre dans un monde où le reste des êtres vivants disparaissent. Ce n’est pas seulement un problème environnemental, c’est un problème biologique, médical et éthique. »

La plus grande injustice intergénérationnelle

Mancuso aborde également le thème des ressources non renouvelables : « Elles ne sont pas comme la dette publique : nous ne pouvons pas les emprunter à une autre planète. Nous les enlevons à nos enfants, à nos petits-enfants, à ceux qui viendront après. Leur refuser l’accès aux ressources nécessaires pour vivre est non seulement irresponsable, c’est un crime moral. mais il existe un remède.

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De la santé personnelle à la santé planétaire

Pendant trop longtemps, nous avons cru que notre santé dépendait uniquement de nos choix personnels : alimentation, activité physique, mode de vie. « Mais l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, le climat qui nous entoure font partie intégrante de notre santé. La science nous dit aujourd’hui que l’environnement et la santé sont étroitement liés. Comme l’a dit le Pape François : nous ne pouvons pas rester en bonne santé sur une planète malade », rappelle Mancuso.

Que pouvons-nous faire ?

La bonne nouvelle est que nous savons déjà quoi faire. « Réduire la pollution, consommer moins de ressources non renouvelables, lutter contre le réchauffement climatique : ce ne sont pas seulement des objectifs écologiques, ce sont des actions de santé publique. Ils servent à prévenir les épidémies, à éviter les retombées futures, à protéger la vie. Pourtant, paradoxalement, alors que la science fait des progrès extraordinaires, la confiance dans la science semble vaciller », souligne le neuroscientifique.

Le projet Forrest Aiom

Et Aiom est prêt à apporter sa contribution : lors de la cérémonie d’inauguration, le président Francesco Perrone a présenté le projet Forrest Aiom : « Nous avons planté 500 arbres en Émilie-Romagne, en Toscane et dans les Pouilles pour alléger notre empreinte écologique et nous continuerons dans le but de contribuer à la protection de l’environnement ».

La science est notre phare

La science repose sur le doute, sur la comparaison, et c’est justement ce qui fait sa force. Mais cette complexité est souvent interprétée à tort comme une incertitude. « Il est urgent d’améliorer la communication, de la rendre simple, accessible, de lutter contre la désinformation. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons inverser la tendance. C’est un effort collectif, mais c’est aussi un impératif éthique. Parce que les soins que nous demandons à la médecine doivent être les mêmes que ceux que nous consacrons à la planète », insiste Mancuso qui conclut : « Les oncologues consacrent leur vie au traitement, à la prévention, à la santé. Et ils savent bien que la santé individuelle ne peut exister sans la santé globale. L’avenir de notre santé dépend de celui de la planète. Le défi C’est énorme, mais c’est aussi notre portée. Nous n’avons plus besoin de diagnostics, nous devons agir.