Le baiser est une épreuve : parce que parfois tout change en un instant
Ce n’est pas seulement un geste romantique : le baiser révèle la compatibilité, le désir et la distance plus qu’on ne le pense
Avez-vous déjà changé d’avis à propos de quelqu’un après un baiser ? Cela arrive plus souvent qu’on ne le pense. Vous pouvez trouver une personne intéressante, charmante, voire attirante. Et puis ça arrive : tu embrasses. Et quelque chose ne va pas. Ce n’est pas facile d’expliquer quoi. Mais c’est là que beaucoup de choses se décident.
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Un geste qui n’a rien de simple
Le baiser semble être un geste spontané, presque automatique. C’est en fait l’un des plus complexes que nous ayons. Dans le livre 100 bisous dans l’art De Gloria Fossi (Giunti editore), ce geste change continuellement de sens : amour, dévotion, trahison, désir. En les regardant l’un après l’autre, ces baisers cessent d’être de simples images. Ils deviennent reconnaissables.
Le baiser n’est jamais neutre
Le baiser de Judasdans la fresque de Giottoest peut-être la plus célèbre de l’histoire de l’art. Un geste intime qui devient un signal public. Identification. Trahison. C’est un bon point de départ pour se rappeler une chose simple : embrasser n’est jamais neutre. Il porte toujours une intention, même s’il n’en est pas pleinement conscient. Ce n’est pas seulement un sentiment. Deuxième Hélène Fisherle contact physique active les systèmes cérébraux liés au désir et à l’attachement : dopamine, ocytocine, réduction du stress. En d’autres termes, s’embrasser est l’un des moyens les plus rapides dont nous disposons pour nous connecter. Mais ce n’est pas suffisant. Car la réponse du corps ne dépend pas seulement du stimulus, mais aussi du contexte.
Que se passe-t-il quand on s’embrasse
Comme l’explique la sexologue Émilie Nagoski (sexologue, éducatrice et auteure américaine connue pour son approche scientifique et humaniste du bien-être sexuel et de la gestion du stress), le désir a besoin de conditions favorables : sécurité, disponibilité, absence d’interférence. C’est pourquoi parfois un baiser fonctionne, et parfois non. « Le baiser est l’un des gestes les plus simples et, en même temps, les plus révélateurs de la relation à l’autre », explique le psychothérapeute. Andrea De Simoneauteur de Tu mérites le bonheur (Sperling et Kupfer). « Jusqu’à ce moment-là, il y a deux identités distinctes, deux histoires, deux systèmes émotionnels distincts. Dans le baiser cette distance se réduit soudain : une véritable activation neuro-émotionnelle. En quelques secondes entrent en jeu la dopamine, l’ocytocine, les systèmes liés au plaisir et à l’attachement. Le corps, avant même l’esprit, formule une hypothèse de relation. Il ne se limite pas au ressenti : il évalue, compare, reconnaît. C’est pourquoi parfois un baiser crée une connexion immédiate, d’autres fois il laisse un sentiment. d’une étrangeté difficile à expliquer mais très claire à percevoir.
Quand le baiser change tout
Dans le baiser de Gustav Klimtdeux figures semblent se confondre complètement. C’est l’une des images d’intimité les plus célèbres. Mais dans la vraie vie, cette fusion n’est pas toujours aussi simple. Le psychothérapeute Esther Pérel il insiste sur un point : le désir a aussi besoin de distance, pas seulement de proximité. Trop de fusion peut l’arrêter plutôt que de l’alimenter. Le baiser devient ainsi un point délicat : le lieu où la distance s’annule, mais aussi le lieu où l’on mesure si cette distance était nécessaire. « En fait, cette réponse ne dépend jamais uniquement du plan de relance », poursuit De Simone. « Le contexte est déterminant. Le désir n’est pas automatique, il a besoin de conditions internes et externes favorables : sécurité émotionnelle, ouverture, absence de tension ou d’interférence. Si le corps ne se sent pas en sécurité, ou si l’esprit est ailleurs, même un baiser potentiellement « juste » peut être « vide ». Ce n’est pas le geste lui-même qui échoue, mais la possibilité de s’abandonner et de laisser ce geste passer à travers vous. »
Un test qui ne vous dépasse pas
Beaucoup de gens le disent ainsi : je peux trouver quelqu’un d’intéressant. Puis je l’embrasse. Et quelque chose ne va pas. Ce n’est pas technique, ce n’est pas esthétique. Il s’agit plutôt d’un manque d’accord. Comme si les corps parlaient deux langues légèrement différentes. Et le baiser est le premier moment où cette différence devient évidente. « Aussi parce que », explique De Simone, « le désir ne grandit pas seulement dans la proximité, mais aussi dans la distance. Il a besoin d’un espace dans lequel l’autre reste, au moins en partie, pas complètement connu. Dans lequel se crée la juste tension d’attente et d’imagination. Le baiser représente un passage délicat car il annule cette distance. Il met en contact direct deux corps et deux mondes émotionnels. Lorsque la fusion est excessive, le désir a tendance à s’éteindre. Le baiser, en ce sens, devient un passage délicat: il annule la distance, mais en même temps le vérifie, la qualité nous dit si cette distance a été nourrissante, si elle a créé tension et anticipation, ou si elle a déjà été consommée trop vite.
Ce que l’art avait déjà compris
En regardant les baisers gravés par Camille Claudel ou de Auguste Rodin ou peints au fil des siècles, une chose devient claire : il n’y a pas qu’une seule façon d’embrasser. Il y a des baisers qui demandent, d’autres qui imposent. Des baisers qui rassurent, et d’autres qui ouvrent sur quelque chose de plus incertain. Et c’est peut-être précisément ce qui les rend si intéressants : le fait que, même s’il s’agit d’un geste minime, ils parviennent à contenir une quantité surprenante d’informations.
Une question simple
Avez-vous déjà changé d’avis à propos de quelqu’un après un baiser ? Le baiser est peut-être l’un des gestes les plus petits et les plus révélateurs que nous ayons. Parce que cela dure peu de temps, mais dans ce court laps de temps, cela décide de beaucoup de choses. « C’est pourquoi parfois un baiser suffit à tout changer », conclut le psychologue De Simone. « Non pas parce que c’est un geste magique, mais parce que c’est un moment de vérité. Le corps, à cet instant, arrête de « négocier » et renvoie une réponse qui ne ment guère. »
