Adolescents : le risque d’anxiété et de dépression augmente s’ils passent plus de 3 heures par jour sur les réseaux sociaux
Les enfants ne quittent jamais leurs appareils électroniques. Ils ne peuvent pas se « déconnecter ». Et ils sont confrontés à un risque invisible qui augmente avec le temps
Il y a une phrase qui revient souvent dans les études, dans les écoles, dans les conversations avec les parents : « Docteur, mais ce n’est qu’un smartphone… qu’est-ce que tu veux qu’il soit ». C’est une phrase légère, presque défensive, comme s’il suffisait de tout réduire à un écran pour ne pas vraiment voir ce qui se passe. Et l’important n’est pas ce que vous voyez pendant le défilement, mais ce qui reste après. Une recherche deImpérial Collège de Londrespublié en 2026 et mené auprès de plus de deux mille jeunes suivis dans le temps, tente de remettre de l’ordre là, dans « l’après ». Il ne photographie pas un instant, mais suit un processus : plus de trois heures de réseaux sociaux par jour augmentent le risque de développer des symptômes d’anxiété et de dépression au cours des années suivantes. Pas pendant l’utilisation, mais au fil du temps.
Au lit avec ton téléphone portable
C’est un fait qui ne fait pas de bruit, car il ne produit pas d’effets immédiats et visibles, mais qui en dit beaucoup plus que nous ne voulons l’admettre. Le problème n’est pas seulement le contenu, mais aussi le rythme. Des garçons de onze ou douze ans commencent à vivre dans un flux qui ne s’arrête jamais. Ils le mettent au lit, ils le gardent brûlant dans l’esprit même lorsque le corps devrait ralentir. Le sommeil change, devient plus léger, plus instable. Et lorsque le sommeil est altéré, tout le reste se détériore peu à peu aussi : l’humeur devient plus fragile, la capacité à tolérer la frustration est réduite, l’estime de soi s’appuie de plus en plus sur ce qui vient de l’extérieur. Ce n’est pas un hasard si les filles sont plus exposées, car elles ressentent plus intensément la comparaison et le besoin de reconnaissance. Mais il ne s’agit pas de diviser, il s’agit de comprendre que le contexte a changé pour tout le monde.
Nous avons construit un environnement où la connexion est continue et la déconnexion est devenue l’exception. Et c’est là que s’ouvre une question plus large, qui ne concerne pas seulement les enfants mais la manière dont, en tant qu’adultes, nous éduquons à la présence. Car la vraie perte n’est pas le smartphone lui-même, mais l’absence d’espaces vides. Des moments où rien ne se passe, où l’on s’ennuie, où l’esprit peut réorganiser ce qu’il a vécu. Sans ces espaces, tout s’accumule : les stimuli, les comparaisons, les attentes, les notifications. Mais il n’est pas traité. L’anxiété ne vient donc pas simplement du téléphone, mais de l’absence de pauses.
Dépression
La dépression n’est pas le produit direct des réseaux sociaux, mais aussi de la disparition d’un « dehors » vers lequel retourner, d’un lieu mental et réel dans lequel on n’est pas constamment exposé au regard des autres. C’est pourquoi la déconnexion n’est pas une tendance, ni un choix individuel laissé au hasard. C’est une compétence qui doit être enseignée, formée, construite. Et, dans certains cas, également proposé collectivement, comme une expérience partagée.
Une journée pour déconnecter
Le Disconnect Day s’inscrit dans cette direction et se tiendra également cette année à Foggia le 22 mai. Il ne s’agit pas d’un événement ponctuel, ni d’une provocation symbolique.
Il s’agit d’un signal organisé et structuré, promu par le Département des Addictions Pathologiques de l’ASL de Foggia en collaboration avec l’Association Nationale des Addictions Technologiques. Une initiative qui tente de remettre au centre une expérience aujourd’hui presque disparue : être sans être connecté. Il ne s’agit pas de « retirer le téléphone », mais de redonner un espace.
Lors du Disconnect Day, les smartphones sont volontairement placés dans des enveloppes scellées qui restent entre les mains des participants. Il ne s’agit pas d’une imposition, mais d’un pacte. Un temps défini où l’on tente de rester dans le présent, dans le corps, dans les relations, sans la médiation constante de l’écran. C’est un geste simple, mais profondément pédagogique. Parce que cela rend visible ce que nous ne voyons normalement pas : à quel point il est difficile de s’arrêter, à quel point nous sommes devenus dépendants d’un flux continu de stimuli, à quel point nous avons du mal à tolérer le silence. À une époque où la connexion est devenue la norme, apprendre à se déconnecter est un acte contre-culturel.
Mais c’est peut-être précisément par là qu’il faut recommencer. Non pas pour revenir en arrière, mais pour apprendre aux nouvelles générations quelque chose qui risque de se perdre : la capacité de rester, sans toujours devoir réagir.
Giuseppe Lavenia, psychologue et psychothérapeute, est président de l’Association nationale des addictions technologiques, GAP et cyberintimidation « Di.Te » et professeur de psychologie du travail et des organisations à l’Université Polytechnique des Marches.
