« J’ai peur qu’on me retire mes enfants » : la dépression post-partum et la solitude qu’on ne voit pas
Les questions et les reconstructions, le besoin de comprendre se pressent autour d’une tragédie comme celle de Catanzaro. Mais dans le bruit de l’actualité, il y a parfois une phrase qui explique plus que de nombreuses analyses
Les nouvelles arrivent presque toujours en dernier. Cela arrive alors que tout est déjà arrivé, que la douleur est devenue irréparable et que les faits s’imposent avec une violence à couper le souffle. Cela s’est également produit à Catanzaro, où une femme de 46 ans a jeté ses trois enfants du balcon pendant la nuit puis s’est sautée. Deux enfants sont morts, une troisième fille est hospitalisée dans un état très grave. Les questions, les reconstructions et le besoin de comprendre se pressent inévitablement autour d’une tragédie comme celle-ci. Mais dans le bruit de l’actualité, il y a parfois une phrase qui explique plus que de nombreuses analyses. «J’ai peur qu’ils me les enlèvent.»
C’est une phrase qui ne fait pas la une des journaux, et pourtant c’est peut-être la plus importante. Parce que cela nous amène exactement au point où cette histoire cesse d’être simplement une histoire de crime et nous oblige à regarder quelque chose de plus profond, de plus inconfortable, de plus nôtre.
Le droit de demander de l’aide sans se sentir jugé
Lorsqu’une mère qui a reçu un diagnostic de dépression post-partum a peur de se faire soigner parce qu’elle craint de perdre ses enfants, il ne s’agit pas seulement d’une histoire individuelle. Et nous ne sommes pas non plus confrontés à un problème clinique. Nous sommes confrontés à une profonde fracture culturelle et sociale, qui concerne notre manière de considérer la maternité, la souffrance mentale et le droit de demander de l’aide sans se sentir jugé, coupable ou dangereux.
La dépression post-partum n’est pas une faiblesse de caractère
La dépression post-partum continue d’être mal rapportée. Trop souvent, elle se réduit à une tristesse intense, à une fragilité passagère, à un déséquilibre qui devrait être surmonté par un peu de repos, par la proximité de la famille ou par un effort de volonté. C’est une lecture erronée et dangereuse également. Car la dépression qui peut suivre la naissance d’un enfant n’est pas un effondrement moral, ce n’est pas une faiblesse de caractère, ce n’est pas une preuve qu’une femme n’est pas capable d’être mère. Il s’agit d’une pathologie grave qui affecte le corps, la pensée, la perception de soi et du monde.
Une femme sur dix est concernée
Selon l’Organisation mondiale de la santé, elle touche une proportion importante de femmes en post-partum, dans de nombreux cas entre 10 et 15 pour cent. Cela signifie quelque chose de simple, mais néanmoins difficile à accepter : ce n’est pas une exception. Ce n’est pas un cas rare dont on parle à voix basse. C’est quelque chose qui existe, qui entre dans les foyers, qui traverse les familles, souvent sans faire de bruit.
Et c’est là qu’apparaît le point le plus inconfortable. Nous continuons de demander aux mamans d’être heureuses. Toujours. Tout de suite. Sans ambivalence, sans peur, sans colère, sans céder. Nous continuons à proposer une image de la maternité comme un espace naturellement plein de sens, d’instinct et de dévouement. Une mère doit savoir, tenir, contenir, endurer. Vous devez immédiatement reconnaître votre enfant comme le centre de votre monde. Elle doit être présente, lucide, bienveillante, fiable. En un mot : parfait.
A l’intérieur de cette revendication, la douleur se cache, se déguise, se referme. Parce que si une femme sent qu’elle ne peut pas s’adapter à ce modèle, si elle se sent dépassée, effrayée, vidée, envahie par des pensées qu’elle ne comprend pas ou dont elle a honte, très souvent elle ne parle pas. Il est silencieux. Il s’isole. Essayez d’être ce que les autres attendent de vous. Et lorsque le contexte environnant n’est pas capable d’accueillir cette fracture sans la transformer en culpabilité, la souffrance cesse d’être discutable.
Reconnaître la dépression
C’est le point auquel nous devrions avoir le courage d’affronter. La dépression, surtout dans une phase délicate comme celle qui suit la naissance d’un enfant, ne se présente pas toujours de manière linéaire. Il ne parle pas toujours avec des mots clairs. Cela prend parfois la forme de peurs qui semblent réelles, de croyances déformées, de pensées intrusives, d’un sentiment de menace qui altère le rapport à soi et au monde. Et quand personne n’est capable d’intercepter cette douleur, quand il n’y a pas d’espace suffisamment sûr pour la dire sans honte, le risque est que cette souffrance dégénère.
Chercher le monstre nous rassure
Pour cette raison, face à des tragédies extrêmes, la tentation de rechercher immédiatement le monstre est compréhensible mais erronée. Le monstre simplifie, nous rassure. Elle permet de penser que le mal est toujours ailleurs, dans une déviance reconnaissable, dans une folie lointaine de nous. Mais la réalité est plus difficile à maintenir, précisément parce qu’elle nous concerne tous. Cela remet en question la façon dont nous parlons de santé mentale. Cela remet en question la façon dont nous nous soucions ou ne nous soucions pas des femmes après l’accouchement. Cela remet en question la façon dont nous laissons la parentalité rester, trop souvent, une affaire privée à aborder seule.
Si une mère pense que le traitement pourrait signifier la perte de ses enfants, alors le système était déjà en échec avant même la crise. Il n’a pas réussi à établir la confiance. Il n’a pas réussi à communiquer que la demande d’aide n’est pas une preuve d’insuffisance, mais un acte de responsabilité. Il n’a pas réussi à garantir des parcours visibles, accessibles et non stigmatisants. Il n’a pas réussi à donner à cette femme le sentiment qu’elle était à l’intérieur d’un réseau et non sous observation.
Soutenir la parentalité
La parentalité ne peut être confiée uniquement à la force individuelle. Parfois, l’amour ne suffit pas, la bonne volonté ne suffit pas. Même la présence d’un partenaire ou d’une famille ne suffit pas s’il n’existe pas une culture généralisée de prévention et de santé mentale périnatale. Il faut commencer à penser la parentalité comme un moment qui doit être accompagné, soutenu, protégé. Non seulement dans les cliniques, non seulement dans les cas déjà signalés, mais comme pratique répandue, accessible et presque automatique dans les premiers mois de la vie d’un enfant. Parce que toutes les mamans ne vont pas bien et surtout toutes ne sont pas capables de le dire.
Il ne s’agit peut-être pas seulement de comprendre ce qui s’est passé à Catanzaro. Il s’agit de se demander combien de fois quelque chose de similaire, peut-être sous des formes moins visibles mais non moins dramatiques, se produit déjà dans le silence d’autres foyers, alors que personne ne regarde vraiment.
Prof. Lavenia Giuseppe C. Psychologue Psychothérapeute Présidente de l’Association Nationale des Addictions Technologiques, GAP et Cyberintimidation « Di.Te ». Professeur de psychologie des dépendances technologiques à l’Université E-Campus et professeur de psychologie du travail et des organisations à l’Université Polytechnique des Marches
