Gliome de bas grade chez l'enfant : la première thérapie ciblée approuvée en Europe

Gliome de bas grade chez l’enfant : la première thérapie ciblée approuvée en Europe

Le médicament, le tovorafénib, agit sur les altérations de Braf. Dans l’UE, on estime qu’environ 800 jeunes patients reçoivent chaque année un diagnostic de cette tumeur à progression lente, mais qui peut compromettre considérablement leur qualité de vie.

Pour les enfants atteints d’une tumeur du système nerveux à évolution lente, le gliome de bas grade (pLGG) qui présente des mutations du gène Braf – environ 800 chaque année en Europe -, une nouvelle possibilité de traitement s’ouvre. La Commission européenne a en effet approuvé la première thérapie ciblée, le tovorafénib, qui peut être prescrite seule chez les patients âgés d’au moins six mois, présentant une fusion ou un réarrangement du gène Braf ou une mutation Braf V600, et en progression après au moins une thérapie systémique. Une innovation importante, notamment pour les patients qui ne peuvent bénéficier d’une résection chirurgicale complète et sont contraints de faire face à des traitements répétés, souvent alourdis par une toxicité à long terme.

Une maladie chronique et complexe

Même si la survie est généralement élevée, la charge de morbidité et de traitement peut être élevée. Les enfants affectés peuvent développer des déficits neurologiques, notamment une perte de vision, des troubles de la parole et un dysfonctionnement moteur, ce qui a un impact sur leur indépendance, leur éducation et leur qualité de vie. « Les familles touchées par un gliome de bas grade sont souvent confrontées à des années d’incertitude, à des décisions de traitement difficiles et à la peur des conséquences à long terme », confirme-t-il. François DozProfesseur de Pédiatrie à l’Université Paris Descartes et Directeur adjoint du Centre d’oncologie SIREDO de l’Institut Curie. En fait, l’évolution est souvent chronique et difficile à contrôler : de nombreux patients nécessitent des traitements prolongés et progressivement plus agressifs.

Le rôle des altérations de Braf

Braf est le gène le plus fréquemment impliqué dans cette tumeur rare. Les deux principales altérations sont les fusions de gènes et la mutation V600E, présentes globalement dans plus de la moitié des cas dans le monde. Cependant, jusqu’à présent, aucun traitement approuvé n’était disponible pour les patients atteints de pLGG présentant des fusions de ce gène.

L’étude clinique

L’approbation est basée sur les résultats de l’étude de phase II FIREFLY-1, qui a impliqué 137 patients pédiatriques et jeunes adultes atteints de pLGG en rechute ou réfractaire avec des altérations de Braf, déjà traités avec au moins une ligne systémique. Le traitement par tovorafénib a démontré une activité cliniquement significative, avec des réponses rapides (délai médian de réponse de 5,4 mois) et durables (durée médiane de 18 mois). Le profil de sécurité était favorable : la majorité des événements indésirables liés au traitement étaient légers ou modérés (grade 1-2), avec un faible taux d’abandon (9,5 %).

La nouvelle thérapie ciblée

Le tovorafénib est un inhibiteur de type II des kinases RAF, conçu pour cibler les voies de signalisation qui régulent la prolifération cellulaire. En agissant sur ces mécanismes, le médicament est capable de ralentir ou de réduire la croissance tumorale. Un élément distinctif est le mode d’administration : oral, une fois par semaine, disponible sous forme liquide et sous forme de comprimés, avec un impact réduit sur la vie quotidienne des patients et de leurs familles. Le médicament a déjà reçu plusieurs désignations réglementaires aux États-Unis, notamment Breakthrough Therapy et Rare Pediatric Disease, ainsi que le statut de médicament orphelin de la FDA et de la Commission européenne.

Un nouveau modèle d’évaluation en Europe

Le tovorafénib est également le premier médicament évalué dans le cadre de l’évaluation clinique conjointe (JCA), introduite par le nouveau règlement européen sur l’évaluation des technologies de santé (HTA), progressivement opérationnel à partir de 2025. Ce système vise à harmoniser et à simplifier l’évaluation clinique des nouvelles technologies de santé entre les États membres.

Enfin, d’autres études sont actuellement en cours pour évaluer l’utilisation de ce médicament comme traitement possible de première ligne. « Pour les enfants diagnostiqués avec un gliome de bas grade, le voyage est souvent long et difficile, avec des options thérapeutiques limitées – conclut – Sandra Silvestri, Vice-Présidente Exécutive et Directrice Médicale d’Ipsen. « Cette approbation représente une avancée significative et renforce notre engagement à répondre aux besoins cliniques encore non satisfaits, dans le but d’assurer un accès rapide au traitement dans toute l’Europe ».