Cancer du poumon, un test génétique pourrait prédire les récidives

Cancer du poumon, un test génétique pourrait prédire les récidives

Une biopsie peut suffire à comprendre l’agressivité de la maladie avant une intervention chirurgicale. L’étude ouvre la voie à des décisions thérapeutiques plus précises

Le cancer du poumon reste la principale cause de décès par cancer dans le monde occidental. En particulier, l’adénocarcinome du poumon – la forme la plus courante – peut récidiver même lorsqu’il est diagnostiqué à un stade précoce et traité chirurgicalement. L’un des facteurs les plus insidieux est ce qu’on appelle « l’invasion vasculaire », c’est-à-dire la capacité de la tumeur à s’infiltrer dans les vaisseaux sanguins environnants, augmentant ainsi le risque de récidive de la maladie. Jusqu’à présent, cette caractéristique ne pouvait être identifiée qu’après une intervention chirurgicale, grâce à l’analyse du tissu tumoral. Mais de nouvelles recherches, publiées dans la revue Nature Communications, pourraient changer radicalement l’approche clinique.

Un test avant la chirurgie

Un groupe de chercheurs de la faculté de médecine Chobanian et Avedisian de l’université de Boston a identifié pour la première fois un ensemble de gènes dont l’activité change dans les tumeurs en cas d’invasion vasculaire. De plus, ces altérations sont également détectables dans de petits échantillons prélevés par biopsie avant la chirurgie. « Cela pourrait changer la donne pour les patients atteints d’un cancer du poumon à un stade précoce », explique-t-il. Marc Lenbourgauteur principal de l’étude. « Un simple test basé sur une biopsie pourrait aider à identifier les patients présentant le risque le plus élevé de récidive et à mieux orienter les décisions de traitement. »

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Plus de 400 gènes impliqués

En analysant l’activité génétique des tumeurs, les chercheurs ont identifié plus de 400 gènes qui diffèrent entre les tumeurs avec et sans invasion vasculaire. Ces résultats ont été confirmés dans un deuxième groupe indépendant de patients. À partir de ces données, un modèle prédictif basé sur des algorithmes d’apprentissage automatique a été développé, capable d’estimer la présence d’une invasion vasculaire. Le système a montré de bonnes performances à la fois dans la prévision du risque de récidive et dans l’analyse de très petits échantillons obtenus avant la chirurgie.

Chirurgie sur mesure

Les implications cliniques sont importantes. Si les chirurgiens pouvaient connaître à l’avance le comportement biologique de la tumeur, ils pourraient moduler l’intervention : plus étendue dans les cas agressifs, plus conservatrice lorsque le risque est faible. «Lorsque le cancer du poumon est diagnostiqué tôt, les chances de guérison augmentent», souligne Lenburg. « Mais il est essentiel de choisir le bon traitement : éviter à la fois de sous-traiter les tumeurs agressives et d’en faire trop avec des thérapies inutilement invasives. »

Un modèle pour d’autres tumeurs

L’invasion vasculaire est également un facteur pronostique négatif dans d’autres tumeurs, comme celles du sein, du foie et de l’estomac. Les chercheurs étudient désormais si les mêmes signatures génétiques peuvent également être appliquées à d’autres cancers, ouvrant ainsi la voie à des outils de diagnostic transversaux. L’étude est une collaboration entre plusieurs institutions, dont le Boston Medical Center, l’Inova Schar Cancer Center et le Lahey Hospital & Medical Center. « Ce projet est né d’un besoin clinique concret : mieux identifier les tumeurs à haut risque dès la biopsie », explique-t-il. Kimberly Rieger-Christparmi les auteurs de l’étude. « La collaboration multidisciplinaire nous a permis de transformer ce défi en une nouvelle approche moléculaire. »