Syndromes cancéreux héréditaires, l’identification des mutations ouvre la porte au conseil génétique
Une étude italienne démontre l’utilité des tests génétiques : mutations dans 14% des tumeurs analysées, mais peu de patients consultent
Oui, le cancer peut aussi être héréditaire. En effet, il existe des familles touchées par ce que l’on appelle des syndromes de cancer héréditaires et qui sont liés à des mutations dans des gènes spécifiques. Aujourd’hui l’étude rationnelle (Registre national des mutations exploitables) a démontré, pour la première fois dans une population de patients italiens, comment l’analyse du tissu tumoral grâce à l’utilisation de grands panels génomiques est capable d’identifier ces altérations, fournissant une indication claire pour diriger une consultation génétique. Les résultats ont été publiés dans la revue JCO Oncologie de précision de la Société américaine d’oncologie clinique (Asco).
L’étude rationnelle
Le Registre national des mutations actionnables, ou rationnelles, est une étude observationnelle et multicentrique promue par la Fédération italienne des groupes coopératifs d’oncologie (Ficog). L’objectif principal, explique-t-il Evaristo Maiellodirecteur de la Fondation d’oncologie médicale Irccs Home soulagement de la souffrance et président de Ficog, « est la description de la fréquence des mutations qui permettent une intervention thérapeutique chez les patients soumis à une caractérisation génétique-moléculaire grâce à l’utilisation de méthodes de séquençage de nouvelle génération (NGS) ». Dans le bras B de Rational, les tissus tumoraux de 1 339 patients présentant différents types de tumeurs ont été analysés avec des panels de Foundation Medicine couvrant plus de 300 gènes, dont certains potentiellement impliqués dans les syndromes cancéreux héréditaires. Il existe 40 gènes associés aux syndromes héréditaires et la Société européenne d’oncologie médicale (Esmo), si des altérations sont constatées, recommande d’envoyer le patient vers un conseil génétique pour confirmer l’éventuelle transmission de la mutation identifiée.
Altérations génomiques et risque héréditaire
L’analyse réalisée a révélé la présence de mutations dans 14,4% des cas analysés, correspondant à 193 patients sur 1.339. En se concentrant sur les sept gènes qui présentent les plus grandes preuves d’hérédité – y compris ceux qui causent des formes héréditaires de cancer du sein, des ovaires, du côlon et de la thyroïde – des mutations ont été identifiées chez 59 patients, y compris des personnes atteintes de cancers qui ne subissent généralement pas de tests génétiques.
L’approche utilisée ouvre donc la voie à l’identification des familles à haut risque de développer un cancer, pour lesquelles la mise en œuvre de programmes de diagnostic précoce et de prévention pourrait contribuer à réduire significativement la mortalité causée par le cancer.
Une formation est nécessaire
« L’étude Rational a également identifié des réarrangements de gènes associés à l’hérédité chez 53 autres patients, soulignant pour la première fois la nécessité de ne pas se concentrer uniquement sur les mutations, mais aussi d’évaluer des altérations génomiques plus complexes », a-t-il précisé. Nicolas Normannodirecteur scientifique de l’Irccs Irst de Meldola. Malheureusement, seul un faible pourcentage de patients présentant des mutations potentiellement associées à l’hérédité bénéficient aujourd’hui d’un conseil génétique.
« Le faible pourcentage de patients référés pour un conseil génétique suggère la nécessité d’une formation spécifique des professionnels de santé sur les implications germinales des tests effectués avec de grands panels », conclut-il. Carmin Pintodirecteur de l’oncologie médicale à l’Irccs de Reggio Emilia. « L’utilisation de ces technologies et leur interprétation doivent toujours être réalisées dans le cadre de comités de tumeurs moléculaires, dans lesquels les généticiens, les biologistes moléculaires et les pathologistes peuvent contribuer à une interprétation correcte des résultats ».
