Comme il est important de jouer pour apprendre (aussi) à être ensemble
Cela semble être une activité « oubliée » mais elle est essentielle pour nouer des relations. Et c’est le thème sous-jacent d’une conférence à Brescia qui nous rappelle combien il est central de l’enseigner aux plus petits.
Nous vivons une époque paradoxale : nous n’avons jamais été aussi connectés et, en même temps, aussi fatigués des relations. La solitude n’est pas le problème principal, mais la lutte pour être ensemble. Un effort silencieux, qui s’infiltre dans les classes, les familles, les groupes de travail. Un effort qui ne fait pas de bruit, mais qui se voit : dans l’irritation, dans le repli, dans la superficialité des liens. Nous avons transformé la relation en performance. Chaque réunion semble devoir servir quelque chose : produire, enseigner, résoudre, démontrer. Même être ensemble est devenu une tâche. Et quand la relation doit continuellement justifier son utilité, elle perd le souffle. Il se raidit. Ça se vide.
L’importance du jeu
C’est dans ce scénario que le jeu retrouve une valeur radicale. Non pas comme une technique pédagogique, non pas comme un outil pour « impliquer davantage », mais comme un espace humain. Un espace qui ne fixe pas la relation, mais la révèle. Parce que le jeu, si on y regarde vraiment, ne sert à rien. Et c’est précisément pourquoi c’est si utile. Il se passe quelque chose dans le jeu que nous avons presque oublié aujourd’hui : vous pouvez être ensemble sans avoir à prouver qui vous êtes. On peut participer sans toujours être à la hauteur. Vous pouvez perdre sans vous sentir mal. Ce sera le thème sous-jacent de la conférence « Jouer dans les relations », qui se tiendra le 10 mai à Brescia, organisée entre autres par Gianluca Daffi, psychologue, professeur à l’Université catholique de Milan et Brescia, fondateur de groupes d’intégration parentale, concepteur de jeux et expert en méthodologies de jeux éducatifs. Une rencontre qui se demande s’il est encore possible, aujourd’hui, à l’échelle communautaire, de nouer des relations par le jeu.
Vers l’identité
Le jeu est une expérience simple mais révolutionnaire. Dans le jeu, le résultat est séparé de l’identité. Je peux perdre une partie, mais je ne deviens pas un « perdant ». Je peux faire des erreurs sans être exclu. Je peux rester, même si je ne peux pas. Et c’est une leçon très puissante, surtout pour les plus jeunes, qui grandissent aujourd’hui dans une culture dans laquelle tout semble mesurer la valeur personnelle : les votes, les likes, les performances, le jugement des autres. Le jeu introduit une trêve.
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Une époque où les erreurs ne sont pas punies
Une suspension de la logique de performance continue. Une époque où la limite n’est pas un échec, mais une règle du terrain. Une époque où les erreurs sont attendues et non punies. Et là, dans cette trêve, quelque chose de rare se produit : la vraie relation naît. Pas celui composé de rôles, d’images, d’attentes. Mais celui qui se construit dans « l’entre-deux », dans l’espace partagé où je n’ai pas à me défendre ni à faire mes preuves en permanence. Le jeu n’élimine pas le conflit mais le rend habitable. Dans le jeu où vous vous disputez, vous faites des erreurs, vous vous comprenez mal. Mais dans un cadre qui tient. Un cadre qui permet de traverser la tension sans rompre le lien. C’est là que le jeu devient éducation civique, au sens le plus profond : il enseigne qu’une communauté ne fonctionne pas en éliminant les limites ou les conflits, mais en apprenant à y rester sans se détruire.
On accélère parce qu’on a peur de la limite
Mais aujourd’hui, nous avons tendance à faire le contraire. On évite la limite, on craint la frustration, on accélère tout. On construit ainsi des relations fragiles, qui se brisent à la première difficulté. Le jeu va à contre-courant. Cela demande du temps. Répétition. Attendez. Règles partagées. Il vous demande d’abandonner le contrôle total pour faire place à l’expérience. Et c’est peut-être précisément ce qui nous met mal à l’aise. Parce que le jeu ne peut pas être entièrement planifié. Il ne peut pas être optimisé. Les résultats ne peuvent pas être garantis. Il ne peut être que gardé. Créez les conditions pour que cela se produise. Mais quand cela arrive, on le reconnaît immédiatement. Changez l’air. Un groupe devient plus qu’un ensemble d’individus.
Expériences communes
Naît un sentiment d’appartenance qui ne s’impose pas, mais se construit à travers des expériences communes. Alors pourquoi avons-nous vraiment arrêté de jouer ? Dans les écoles qui courent après les programmes et les évaluations. Dans des familles qui remplissent chaque espace d’activité. Dans des contextes éducatifs où tout doit être fonctionnel, mesurable, productif. Nous avons supprimé l’espace de vie du jeu pour le transformer en outil. Et ce faisant, nous avons perdu l’une des rares expériences où il est encore possible d’être simplement humain.
Reprenez le jeu pour créer des relations
Récupérer le jeu ne signifie pas redevenir un enfant mais revenir à créer des espaces dans lesquels la relation n’est pas une épreuve à surmonter, mais un lieu à habiter. Des espaces où l’on peut rester même quand on perd, des espaces où le lien compte plus que la performance. Des espaces dans lesquels, enfin, tout n’a pas besoin de fonctionner pour avoir de la valeur. C’est peut-être par là que nous devons recommencer. Non pas à partir de nouvelles techniques, non pas à partir de nouveaux outils mais à partir d’une question plus simple et bien plus inconfortable : sommes-nous encore capables d’être ensemble sans avoir à prouver quelque chose ?
Giuseppe Lavenia, psychologue et psychothérapeute, est président de l’Association Nationale des Dépendances Technologiques, GAP et Cyberintimidation « Di.Te » Professeur de Psychologie du Travail et Organisationnelle à l’Université Polytechnique des Marches
