Besoin d’approbation et dépendance affective : comment arrêter de toujours dire « oui »
Toujours dire « oui », éviter les conflits, s’adapter pour être accepté : un mécanisme qui surgit souvent dans l’enfance et qui aujourd’hui, grâce à l’effet amplificateur des réseaux sociaux, devient encore plus omniprésent. La psychothérapeute américaine Meg Josephson explique comment le reconnaître et surtout comment s’en sortir
Ne pas plaire à tout le monde n’est pas un échec. C’est plutôt le début d’un changement. Dans le nouveau livre « Êtes-vous en colère contre moi? » (Il n’est pas nécessaire de plaire à tout le monde – Comment arrêter de se soucier de ce que pensent les autres et vivre heureux, déjà un best-seller aux USA, et vient de paraître en Italie chez Corbaccio), le psychothérapeute Meg Josephson part d’une question aussi simple qu’inconfortable : pourquoi ressentons-nous un besoin si fort d’être approuvé par les autres, quitte à se mettre de côté ?
À travers des récits inspirés de son expérience clinique – non pas des cas réels, mais une mosaïque d’expériences – l’auteur montre comment des traumatismes complexes, des dynamiques familiales et des peurs profondes peuvent nous pousser vers des relations déséquilibrées, dans lesquelles dire « non » devient difficile, voire impossible. Ce qui en ressort est une réflexion sur l’identité, les frontières émotionnelles et la possibilité de changement.
Le point de départ du psychothérapeute, spécialisé dans l’approche basée sur la pleine conscience et la compassion (CFT) intégrée à l’approche cognitivo-comportementale, est de renverser une croyance profondément enracinée : il n’est pas nécessaire de plaire à tout le monde pour être aimé, ni de construire des relations saines. Au contraire, reconnaître ses besoins et apprendre à établir des limites claires peut représenter le premier pas vers la rupture avec des schémas qui ont tendance à se répéter.
D’où vient le besoin d’approbation ?
« Êtes-vous en colère contre moi? » répond à un besoin très répandu : celui de l’approbation, dont il est souvent difficile de se libérer. « Pour beaucoup d’entre nous, cela commence dès l’enfance et devient automatique. C’est aussi la seule réponse qui soit récompensée : être « bon », accommodant, facile à gérer. Cette validation nous fait nous sentir en sécurité, mais elle nous bloque : nous apprenons que pour être aimé, nous ne devons pas avoir de besoins », explique Josephson.
Les personnages du livre sont une « mosaïque d’expériences », une manière de raconter des histoires sans trahir la confiance des patients. « Les gens sont réels – précise-t-il – mais les détails ont été modifiés. Ce ne sont pas les histoires individuelles qui comptent, mais plutôt les émotions qui nous unissent. La protection de la vie privée n’affaiblit pas le message, elle le rend plus universel ».
Reconnaître les schémas et les relations qui font mal
« Connais-toi toi-même »» est une ancienne maxime gravée sur le temple d’Apollon à Delphes, rendue célèbre par Socrate, qui invite à l’introspection, à la prise de conscience de ses limites et à la connaissance de son âme. Comme l’explique bien le psychothérapeute, reconnaître une relation toxique est possible : « De la conscience : ceux qui ont vécu un traumatisme réagissent souvent automatiquement, sans s’en rendre compte. Arrêter, ralentir et observer vos habitudes est la première étape : ce n’est qu’ainsi que nous pourrons les comprendre et commencer à les changer.
Le livre parle de traumatismes complexes
« Il ne s’agit pas d’un événement unique, mais de nombreuses expériences répétées : un sentiment d’insécurité, d’invisibilité, de mal-aimé. Cela arrive souvent dans la famille. Le problème est que lorsque nous sommes enfants, tout cela semble normal. Cependant, en tant qu’adultes, nous nous rendons compte que ce modèle nous amène à plaire aux autres pour nous sentir en sécurité », explique l’expert.
Mais d’où vient ce besoin de toujours satisfaire les autres ?
« Nous avons appris que ne pas décevoir signifie être aimé. Dans des contextes instables ou très critiques, être « parfait » devient une stratégie de survie », dit l’auteur.
Quand la connexion devient addiction
Le besoin d’une relation est naturel, mais il peut se transformer en quelque chose de plus fragile et plus risqué. « Lorsque notre bien-être dépend de l’approbation des autres, cela devient une dépendance émotionnelle. La connexion – recommande Josephson – est saine si nous restons des individus distincts. Elle devient une dépendance lorsque nous nous perdons ».
La question des frontières et le droit de dire « non »
Apprendre à fixer des limites est l’une des étapes les plus difficiles, surtout pour ceux qui ont grandi en se sentant sans espace. Pour beaucoup de gens, il s’agit d’une véritable entreprise titanesque. « Si vous grandissez avec l’idée que vos besoins n’ont pas d’importance, dire « non » semble impossible. Pourtant, les limites servent précisément à cela : rendre les relations plus claires et plus durables. » rapporte l’auteur. Qui considère que dire « non » est une forme de soin personnel. « Toujours dire « oui » conduit à l’épuisement et au ressentiment. Dire « non » lorsque cela est nécessaire signifie se respecter soi-même et construire des relations plus saines. »
L’effet des médias sociaux et le besoin d’être aimé
Ce mécanisme s’inscrit aujourd’hui dans un contexte dans lequel nous sommes constamment exposés au regard des autres. Et les réseaux sociaux ont un impact énorme : « Savoir qu’on est observé amplifie le besoin d’être aimé. Mais on peut s’arrêter et se demander : est-ce que je fais ça pour moi ou pour les autres ? Est-ce que j’aime vraiment ce que je partage ? », explique-t-il.
Erreurs relationnelles et chemin vers le changement
L’erreur la plus courante dans les relations est la suivante : « Nous cachons qui nous sommes pour obtenir une approbation immédiate. Mais cela ne fait que retarder la vérité. » Par conséquent, davantage de sensibilisation et d’action comptent. « Les deux sont utiles, mais on part toujours de la conscience : voir clairement, puis agir en conséquence. » Mais le point de départ est toujours le même : arrêtez de vous culpabiliser ! Cependant, le chemin ne commence pas par un changement, mais par un regard différent sur soi-même.
Le message des messages que Meg Josephson confie à son livre ressort clairement et puissamment dès les premières pages : « Pardonnez-vous ! Faire plaisir aux autres n’est pas une faiblesse : c’est une forme de protection. Votre corps a fait tout ce qu’il pouvait pour assurer votre sécurité. Vous pouvez désormais choisir quelque chose de différent ».
