ChatGpt et traitement du cancer : Esmo lance les premières lignes directrices
23 recommandations arrivent de Berlin où se déroule le congrès de la Société européenne d’oncologie médicale pour aider les patients, les cliniciens et les institutions à utiliser l’intelligence artificielle en toute sécurité
Berlin – L’oncologie franchit une étape décisive dans l’ère de l’intelligence artificielle. La Société européenne d’oncologie médicale (Esmo) a publié aujourd’hui Elcap, le premier cadre officiel pour intégrer des modèles de langage basés sur l’IA dans la pratique clinique de l’oncologie. Il s’agit d’un guide structuré, composé de 23 recommandations opérationnelles, conçu pour garantir une utilisation efficace, sûre et responsable d’outils tels que ChatGPT dans le traitement du cancer.
Comment utiliser l’IA en toute sécurité
Le document, publié dans la revue Annales d’oncologiea été publié à l’occasion d’une session consacrée à l’IA au congrès de la Société européenne d’oncologie médicale (Esmo) à Berlin, confirmant l’impact croissant des grands modèles de langage (LLM) sur la médecine. « L’innovation doit se traduire par de réels bénéfices pour les patients. Elcap fournit un cadre pragmatique pour utiliser l’IA sans sacrifier la transparence, la responsabilité et la protection des données », a déclaré Fabrice André, président d’Esmo.
Trois catégories d’usage pour trois niveaux de responsabilité
Le cœur d’Elcap réside dans la distinction entre trois types d’applications, chacune avec des critères d’utilisation et des niveaux de risque différents : le type 1 destiné aux patients avec des chatbots éducatifs ou de support qui doivent fonctionner sous étroite surveillance, avec des mécanismes d’escalade clairs et une forte protection de la vie privée. Le type 2 destiné aux cliniciens concerne des outils d’aide à la décision, de traduction ou de documentation qui doivent être validés, avec des limites d’utilisation explicites et une responsabilité humaine bien définie. Enfin, Type 3 pour les institutions : systèmes intégrés aux dossiers électroniques pour l’analyse, la synthèse et la mise en relation avec les études cliniques. La gouvernance est ici cruciale : des tests, une surveillance continue et des mises à jour rigoureuses en cas de changements sont nécessaires.
L’IA ne remplace pas le médecin, elle le valorise
Tous les outils décrits par Elcap sont complémentaires : « Ces systèmes sont conçus pour améliorer – et non pour remplacer – les flux de travail cliniques et la prise de décision », a ajouté Jakob N. Kather, vice-président du groupe de travail Esmo Real World Data & Digital Health et co-auteur de l’étude. « Dans le même temps, les lignes directrices reconnaissent l’émergence rapide de modèles d’IA autonomes, ou « agents », capables de lancer des actions sans apport direct, ce qui pose des défis spécifiques en matière de sécurité, de réglementation et d’éthique, qui nécessiteront des lignes directrices dédiées à l’avenir.
Confiance, normes et surveillance : la clé de l’oncologie du futur
Le développement d’Elcap a impliqué 20 experts internationaux, dont des oncologues, des data scientists, des bioéthiciens et des représentants des patients. Tout le monde s’accorde sur un point : aucun algorithme ne peut remplacer le jugement clinique, mais il peut le rendre plus efficace, juste et éclairé. « Nous avons autant besoin de standards partagés que de bons algorithmes », conclut André. « Ce n’est qu’ainsi que l’IA pourra réellement améliorer le traitement du cancer. »
