Famille dans les bois, Lavenia : « Les enfants n’ont pas besoin de parents parfaits mais de points fixes »
Séparer les enfants de leurs parents, mais aussi de leurs frères et sœurs, est une mesure très forte car elle coupe non seulement la continuité émotionnelle mais aussi la base des émotions. Avec des effets imprévisibles au fil des années
Lorsque nous parlons des enfants, nous devons toujours nous rappeler une chose très simple : leur cerveau grandit au sein des relations. Il grandit dans la continuité des affections, en présence des figures qui représentent pour elles une sécurité. Pour un enfant, la mère, ou la principale figure de référence, n’est pas seulement un lien affectif. C’est la base émotionnelle à partir de laquelle le monde devient compréhensible et prévisible. C’est pour cette raison que chaque séparation, surtout à un âge aussi précoce, est toujours un événement très délicat du point de vue du développement psychologique.
Dans le même temps, il convient de rappeler que dans les procédures judiciaires pour mineurs, les décisions ne sont pas prises à la volée. Généralement, les services sociaux, les psychologues, les psychiatres et les conseillers techniques sont impliqués. L’objectif déclaré est toujours la protection du mineur.
C’est précisément pour cette raison que le moment où certaines décisions ont lieu peut devenir très délicat. Si une séparation survient alors qu’une évaluation psychologique est en cours, comme semble ressortir de cette histoire, il est compréhensible que des questions et des inquiétudes soient générées parmi les professionnels impliqués.
Une continuité émotionnelle quand tout change
D’un point de vue psychologique, en effet, séparer les enfants non seulement de leurs parents mais aussi les uns des autres est une mesure très forte. Les frères et sœurs représentent souvent l’une des rares continuités émotionnelles qui subsistent lorsque tout le reste change.
C’est pourquoi je crois que la question la plus importante aujourd’hui n’est pas de savoir qui a raison parmi les adultes, mais quel choix permettra réellement à ces enfants de se sentir plus en sécurité au fil du temps. Parce que la véritable protection des mineurs ne consiste pas seulement à les protéger des risques, mais aussi à préserver les liens qui leur permettent de grandir avec confiance dans le monde.
Pour les enfants, le temps passe différemment
Ensuite, il y a un autre aspect que l’on oublie trop souvent lorsqu’on regarde ces événements de l’extérieur : pour les enfants, le temps émotionnel est différent du nôtre. Les adultes discutent, ouvrent des dossiers, déposent des rapports, attendent les expertises. C’est le temps de la justice, qui a besoin de contrôles, de prudence et d’évaluations. Mais pour un enfant, tout changement soudain devient une expérience, un souvenir, une trace.
Un transfert, un nouveau lieu, des visages inconnus, une séparation des personnes qui représentent son quotidien : tout cela est vécu sans les outils cognitifs pour vraiment le comprendre. Le risque n’est pas seulement la peur du moment, mais la construction d’un sentiment de perte qui peut accompagner la croissance.
Un équilibre difficile
C’est pourquoi, dans les cas impliquant des mineurs, le véritable équilibre est toujours très difficile : d’une part, il y a le devoir de la société d’intervenir lorsqu’elle estime qu’un enfant peut être exposé à des conditions à risque ; d’un autre côté, il y a le devoir tout aussi important de ne pas transformer la protection en une expérience traumatisante.
La psychologie du développement nous enseigne que les enfants n’ont pas besoin d’adultes parfaits, mais d’adultes prévisibles, reconnaissables et présents. Ils ont besoin de points fixes. Lorsque ces points changent tous ensemble, lieu, relations, habitudes, leur système émotionnel entre inévitablement dans un état de fort stress.
Quelles seront les conséquences dans 10 ans ?
C’est pourquoi toute décision qui touche la vie des mineurs doit être accompagnée d’une grande prudence et d’une question très concrète : quelles seront les conséquences psychologiques de ce choix non seulement aujourd’hui, mais dans cinq, dix, quinze ans ?
Parce que les peines ont une durée légale. Les expériences de l’enfance ont cependant une durée émotionnelle qui accompagne souvent toute la vie.
Psychologue Psychothérapeute Président de l’Association Nationale des Addictions Technologiques, GAP et Cyberintimidation « Di.Te »
