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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 13:33

Réseaux Cancer N° 34, juin 2008

Propos recueillis par le Dr Brigitte Némirovsky

Annoncé en mars 2003 par le président Jacques Chirac, le Plan quinquennal de lutte contre le cancer a invité tous les acteurs – patients, professionnels de santé, chercheurs, travailleurs sociaux – à s´engager dans le même combat. Le Plan touche à sa fin mais pas le combat, car nul doute que la mobilisation nationale qui a accompagné la mise en place des 70 mesures de ce Plan se pérennisera, tant sont rémanents l´appel des Premiers États généraux des malades du cancer et de leurs proches, lancé en 1998, et l´engagement de la Charte mondiale contre le cancer, signée à Paris, en 2000. De surcroît, qu´il y ait ou non un deuxième Plan cancer, les avancées du premier sont d´ores et déjà majeures et irréversibles, le combat ayant été mené sur tous les fronts en même temps, ce qui témoigne de la détermination de l´engagement national. Telle est la conviction du Pr David Khayat, chef du service d´oncologie médicale du Groupe hospitalier La Pitié-Salpêtrière (Paris) et, faut-il le rappeler, l´un des instigateurs de la Charte de Paris de lutte contre le cancer.

Les 70 mesures du Plan de mobilisation nationale contre le cancer étaient réparties en six axes opérationnels prioritaires : prévenir, dépister, soigner, accompagner, enseigner, comprendre et découvrir. Quels sont aujourd´hui les résultats des actions engagées dans le cadre du premier axe ?

Pr David Khayat : Plusieurs études, dont EDIFICE1 , avaient montré l´existence de freins à la participation des hommes et des femmes aux dépistages, du fait notamment de la connotation particulièrement anxiogène du cancer. Nous avons réussi à banaliser cette maladie en répétant les campagnes d´information sur l´intérêt de la détection précoce des cancers dépistables, en présentant les malades du cancer comme des « héros ordinaires »… Ces campagnes ont eu un impact non seulement sur le taux d´adhésion aux dépistages mais aussi sur la banalisation du cancer, avec pour conséquence moins de freins au dépistage et, de ce fait, un impact sur la prévention. Aujourd´hui, le dépistage généralisé du cancer du sein pour les femmes de 50 à 74 ans est étendu à l´ensemble du territoire national. Les expérimentations sur le dépistage du cancer colorectal sont finalisées et sa généralisation est imminente, en 2008 ou en 2009. Lorsque le taux de participation à ces deux dépistages sera suffisant, ce sont environ 30 % des malades qui mouraient jusqu´à présent de ces deux cancers qui pourront être sauvés !

Par ailleurs, dès 2003, des actions de prévention très volontaristes ont tout particulièrement mis l´accent sur la lutte contre le tabagisme : augmentation du prix du paquet de cigarettes, qui est passé de 3 euros au début de la mise en place du Plan à 5 euros aujourd´hui et, depuis février 2008, interdiction totale de fumer dans les lieux publics. L´impact de ces mesures a déjà pu être mesuré avec 12 % de fumeurs en moins, soit 300 000 vies sauvées sur dix ans.

Dans le domaine de l´amélioration de la qualité des soins, quelles sont les avancées les plus marquantes liées à la mise en œuvre du Plan cancer ?


Pr D. K. :
Ces avancées sont nombreuses :
– Le dispositif d´annonce, qui a fait l´objet d´une expérimentation nationale menée pendant un an dans 58 établissements, s´est mis en place progressivement depuis janvier 2006. Ce dispositif permet d´humaniser les conditions d´annonce de la maladie au patient et à ses proches.
– La structuration des 3C (centres de coordination en cancérologie) dans chaque établissement traitant des patients atteints de cancer, permet d´organiser leur prise en charge et notamment d´éviter les pertes de chance liées à un manque éventuel de suivi. Ce sont les 3C qui organisent les réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) autour de chaque dossier clinique avec in fine l´élaboration d´un programme personnalisé de soins remis au patient.
– La mise à niveau du parc d´appareils de diagnostic et de suivi des cancers – IRM, scanner, TEP – et du parc d´appareils de radiothérapie, la France ayant acquis en moins de cinq ans plus de 70 Pet-scan, plus de 180 IRM, plus de 180 scanners. Il n´y a pratiquement plus, en France, d´appareils de radiothérapie au cobalt, remplacés par des accélérateurs de deuxième génération, et plusieurs centres pratiquent la radiothérapie stéréotaxique avec différents types d´appareils en cours d´expérimentation.
– Enfin, la publication du décret d´autorisation des établissements en fonction d´un certain nombre de critères quantitatifs et qualitatifs d´activité en cancérologie, qui est une avancée majeure garantissant au patient l´expérience et la compétence dans l´organisation des soins pour une prise en charge de qualité. L´application de ce décret dans le courant de l´année prochaine va aboutir à une restructuration importante de l´offre de soins hospitalière, qu´elle soit publique ou privée.

Qu´en est-il de la mesure 34 du Plan cancer qui concernait la mise en œuvre du dossier communicant de cancérologie (DCC) pour 2007 ?

Pr D. K. :
La mise en place du DCC est malheureusement retardée du fait du délai de finalisation du dossier médical personnel (DMP) qui ne fait pas partie des prérogatives du Plan cancer mais dont le déploiement doit être conjoint avec celui du DCC.

Comme l´a édicté le Plan cancer, pour répondre à l´impératif de coordination des acteurs dans la prise en charge des patients atteints de cancer, les réseaux régionaux de cancérologie sont actuellement en place sur tout le territoire national, les réseaux territoriaux assurant aux patients des soins coordonnés, continus et de proximité en lien avec le médecin traitant. Une fusion de ces réseaux territoriaux au sein de réseaux transversaux, multipathologies vous semble-t-elle envisageable?

Pr D. K. :
Il me semble important, pour au moins encore quelques années, que ces réseaux restent spécifiques d´une activité de cancérologie car le travail en réseau est une pratique peu naturelle dans notre pays du fait de la traditionnelle faiblesse de communication entre secteur public et secteur libéral, même si des barrières se sont déjà ouvertes. Il est à mon avis trop tôt pour prendre le risque de fragiliser cette collaboration en cherchant à l´étendre au-delà des intérêts spécifiques portés par une maladie de caractère aussi transversal que le cancer.

Concernant la recherche, le Plan cancer a donné une impulsion nouvelle, entre autres, en épidémiologie, en sciences humaines, en recherche médico-économique et clinique. Quels sont les principaux enseignements dans ces domaines ?
Pour la première fois, le coût du cancer a été évalué précisément en France : sur les 140 milliards d´euros de dépenses annuelles de Sécurité sociale, 14 milliards d´euros (10 %) sont imputables au cancer en coût direct et 17 milliards d´euros en coût indirect – coût potentiel des années de vie perdues, le cancer étant, en France, la première cause de décès prématuré chez l´homme –. Autre donnée intéressante, les médicaments anti-cancéreux, même s´ils sont onéreux, représentent au total à peine 0,5 % de l´ensemble des dépenses de santé (700 millions d´euros).

Dans le domaine des sciences humaines, des travaux d´envergure ont été menés sur le vécu des patients, la relation médecin/malade…

Enfin, il s´est opéré une restructuration forte de l´organisation de la recherche fondamentale et translationnelle avec la création des cancéropôles et leur association avec les réseaux régionaux et les pôles régionaux de cancérologie.

Y a-t-il matière à un second Plan national de lutte contre le cancer ?

Pr D. K. :
Nous avons attaqué le cancer sur tous les plans à la fois, en créant une dynamique irréversible soutenue par un véritable engagement de la nation entière derrière les grands principes de la Charte de Paris contre le cancer. De très nombreux partenaires de tous horizons – unités de soins, laboratoires de recherche, associations de malades, agences de l´administration, industrie du médicament – qui s´impliquaient déjà séparément dans la lutte contre le cancer ont collaboré et ont réussi le pari de rattraper notre retard en matière de lutte contre cette maladie. Je pense que l´essentiel de ce qui peut constituer l´ossature d´un plan pérenne de lutte contre le cancer est déjà une réalité avec ce premier Plan 2003-2008. Lorsque cette année s´achèvera, que l´ensemble des établissements auront fait leur demande d´autorisation, il me semble que nous aurons accompli la majeure partie de ce qu´il était nécessaire de faire pour remettre la France au premier rang des nations dans la lutte contre cette maladie qui, dans notre pays, touche un homme sur deux et une femme sur trois. Dans l´éventualité d´un second Plan, celui-ci sera nécessairement moins ambitieux car nous ne serons plus en 2009 dans la même situation qu´en 2003. C´est alors le suivi de la mise en œuvre des 70 mesures du premier Plan cancer qu´il s´agira d´assurer, en travaillant certainement davantage sur l´environnement, notamment la pollution, et sur l´oncogériatrie, même si nous avons déjà mis en place, dans le cadre du Plan cancer, une dizaine de centres pilotes. Il conviendra aussi de veiller à maintenir notre parc technologique à la pointe du progrès, à améliorer l´intégration des laboratoires de recherche dans les cancéropôles. Enfin, il faudra suivre attentivement la réforme de l´Inserm telle qu´elle a été annoncée – avec un Institut national de la santé et des structures par pathologies –, la structure en charge de la lutte contre le cancer dans laquelle s´intègrera nécessairement l´INCa, devant garder le même niveau d´ambition que celle qui a porté le Plan cancer 2003-2008.

1. Ndlr : EDIFICE, étude sur le dépistage des cancers et ses facteurs de compliance, initiative du laboratoire

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